LES SIX CYGNES (2ème partie)

Château

Les six cygnes, « Die sechs Schwäne » en allemand, est un conte populaire germanique que l’on trouve notamment dans les recueils des frères Grimm et plus précisément dans le premier volume de contes de l’enfance et du foyer, « Kinder und Hausmärchen », publié vers 1812. Voici la suite de cette histoire.

La fille du roi resta seule au château cette nuit-là. Son père était retourné auprès de sa nouvelle épouse pour ne pas éveiller les soupçons. Mais la jeune princesse ne comptait pas pleurer la disparition de ses frères sans rien faire. Elle décida de partir à leur recherche et elle s’enfonça dans la forêt. Elle marcha toute la nuit et le jour suivant jusqu’à ce que la fatigue l’empêche d’avancer plus avant. Au bord de l’épuisement, elle s’arrêta un moment pour reprendre des forces et entra dans une petite hutte qui se trouvait sur le bord du chemin. Elle y trouva six petits lits, mais elle n’osa pas s’y coucher et préféra se glisser sous l’un d’eux pour y dormir à même le sol. Ses yeux étaient lourds et à l’instant où le sommeil allait la saisir, six petits cygnes entrèrent dans la hutte par la fenêtre. Ils se posèrent sur le sol, soufflèrent l’un sur l’autre et leurs plumes s’envolèrent. Leur peau apparut sous la forme d’une petite chemise. La jeune fille reconnut immédiatement ses frères. Elle sortit de dessous le lit. Ses frères furent surpris mais heureux de voir leur petite sœur. Mais leur joie fut de courte durée : « Tu ne peux pas rester ici, lui dirent-ils, nous sommes dans une maison de voleurs. S’ils te trouvent ici, ils te tueront.

– Ne pouvez-vous donc pas me protéger ? rétorqua la jeune fille.

– Impossible ! répondirent-ils. Nous ne pouvons quitter notre peau de cygne que durant un quart d’heure chaque soir. Pendant ce laps de temps, nous reprenons notre apparence humaine, mais ensuite, nous redevenons des cygnes. ». La jeune fille pleura et leur dit : « Ne pouvez-vous donc pas être sauvés ?

– Ah, non, répondirent-ils, les conditions sont trop difficiles. Il faudrait que pendant six ans tu ne parles ni ne ries et que pendant ce temps, tu nous confectionnes six petites chemises faites de fleurs. Si un seul mot sortait de ta bouche, toute ta peine aurait été inutile. ».

Le quart d’heure s’était écoulé et ses frères redevenus cygnes s’en allèrent par la fenêtre. La jeune fille ne pouvait se résoudre à abandonner ses frères à leur triste sort. Elle résolut donc de les sauver, même si cela devait lui coûter la vie. Elle quitta la hutte, gagna le centre de la forêt, grimpa sur un arbre et y passa la nuit. Le lendemain matin, elle rassembla des fleurs et commença à coudre la première chemise. Les jours suivants, elle fit la même chose et ne pensait qu’à réaliser son travail dans un mutisme complet. De toute façon, il n’y avait personne à qui parler là où elle se trouvait. Mais un jour, le roi du pays chassa dans la forêt et quelques-uns de ses gens l’aperçurent. Elle se cachait dans l’arbre où elle s’apprêtait à passer la nuit. Ils l’appelèrent et lui dirent : « Qui es-tu jeune fille ? Elle ne répondit pas. Viens, lui dirent-ils, nous ne te ferons aucun mal. ». Elle secoua seulement la tête. Comme ils continuaient à la presser de questions, elle leur lança son collier d’or, en espérant les satisfaire. Mais ils n’en démordaient pas. Elle leur lança alors sa ceinture, mais cela ne leur suffisait pas non plus. Puis sa jarretière et petit à petit, tout ce qu’elle avait sur elle et dont elle pouvait se passer, si bien qu’il ne lui restât que sa petite chemise. Mais les chasseurs ne s’en contentèrent pas. Ils grimpèrent sur l’arbre, se saisirent d’elle et la conduisirent au roi. Celui-ci lui demanda : « Qui es-tu ? Que faisais-tu dans cet arbre ? ». Elle ne répondit pas. Il lui posa des questions dans toutes les langues qu’il connaissait, mais elle resta muette. Comme elle était très belle, le roi en fut ému et il s’éprit d’amour pour elle. Il l’enveloppa de son manteau, la mit devant lui sur son cheval et l’emmena dans son château afin de l’épouser. Il lui fit donner de riches vêtements et elle resplendissait de beauté comme un soleil. Mais il était impossible de lui arracher une parole. Après quelques jours, on célébra les noces du nouveau couple royal. Mais le roi avait une mère méchante qui était opposée à ce mariage. Elle disait sans cesse du mal de la jeune reine : « Qui sait d’où vient cette folle, disait-elle. Elle ne sait pas parler et ne vaut rien pour un roi ! ».

Au bout d’une année, la reine eut un premier enfant. Une nuit, la marâtre s’introduit dans la chambre du nourrisson et l’enleva, barbouillant au passage de sang les lèvres de la reine. Puis elle se rendit auprès du roi et accusa sa femme d’être une ogresse mangeuse d’enfants. Le roi ne voulut pas la croire. Quant à la reine, elle restait impassible, cousant ses chemises et ne prêtant attention à rien d’autre. Lorsqu’elle eut son deuxième enfant, la méchante belle-mère recommença, mais le roi n’arrivait toujours pas à la croire. Il pensait qu’elle était trop pieuse et trop bonne pour faire pareille chose. Si elle n’était pas muette et pouvait se défendre, son innocence éclaterait au grand jour. Mais lorsque la marâtre lui enleva son troisième enfant nouveau-né et accusa la reine qui ne disait pas un mot, le roi fut obligé de rendre justice et elle fut condamnée à être brûlée vive. Le jour de l’exécution de la reine coïncidait avec le dernier jour des six années au cours desquelles elle n’avait ni parlé ni rie et cousu six chemises de fleurs pour libérer ses frères du mauvais sort. Les six chemises étaient quasiment terminées. Il ne manquait que la manche gauche de la dernière. Quand on la conduisit au bûcher, elle plaça les six petites chemises sur son bras et lorsque le bourreau était sur le point d’exécuter sa basse besogne, les six cygnes arrivèrent et se posèrent auprès de leur sœur de sorte qu’elle put leur donner les chemises. C’est ainsi que les plumes des cygnes tombèrent et ses frères redevinrent des êtres humains. Néanmoins, le bras gauche du plus jeune était remplacé par une aile de cygne. Ils s’embrassèrent et la reine s’approcha du roi complètement bouleversé. Elle lui adressa enfin la parole : « Mon cher époux, maintenant que j’ai le droit de parler, je clame haut et fort mon innocence. On m’a faussement accusée ! ». Elle lui révéla ensuite la tromperie de la marâtre qui lui avait enlevé ses trois enfants et les avait cachés. Pour la plus grande joie du roi, ils lui furent ramenés et en guise de punition, la méchante belle-mère fut attachée au bûcher et réduite en cendres. Pendant de nombreuses années, le roi, la reine et ses six frères vécurent dans le bonheur et la paix.

Fin.

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