Le mont Salève est une montagne des Préalpes de Haute-Savoie à proximité de Genève. Bien que situé intégralement en France, on l’appelle parfois le « balcon de Genève ». Son point culminant est à 1379 m d’altitude. Il y a quelques années, j’ai déposé ma voiture sur un parking au pied du mont Salève pour entreprendre son ascension. J’ai donc suivi un petit sentier balisé après m’être dûment équipé. La montée était assez rude dès le départ. Par ailleurs, il fallait rester sur ses gardes à cause des éboulis fréquents. Après 45 minutes d’effort, je suis arrivé à la grotte d’Orjobet qu’il m’a fallu traverser grâce aux escaliers et câbles d’acier installés par le Club Alpin Suisse. Ensuite, après une ultime montée assez raide, j’ai atteint un large plateau qui était aussi un alpage après 45 minutes. La vue y était tout simplement magnifique. Un panorama somptueux sur Genève, le lac Léman, le massif du Jura, les Alpes et le Mont-Blanc ! Au sommet, je me suis rendu compte que le mont Salève était accessible en voiture et en téléphérique. J’aurais donc pu gagner du temps et m’épargner de la peine pour jouir des mêmes beautés. Mais une petite voix dans ma tête me disait que ces beautés avaient été sublimées par les difficultés de mon ascension.
Le mont Salève serait apparenté au terme Montsalvage, parfois écrit Montsalvat, qui désigne dans certaines légendes arthuriennes (cf. Wolfram von Eschenbach, Parzival) un château se trouvant au sommet d’une montagne et abritant le Graal. Montsalvage renvoie aux idées de salut et de salvation, aux actions qui permettent le salut de l’âme. Dans ce contexte, l’ascension du mont Salève n’est plus une action anodine. Elle devient un symbole agi. La mise en acte sur le plan grossier (physique, matériel) d’une quête avant tout psychologique et même spirituelle du moi (le randonneur) qui cherche à élever son niveau de conscience (le sommet) pour embrasser en un tout sa réalité (le panorama). Mais plus encore, le sommet du mont n’est qu’une étape, une marche qui permet de se rapprocher du ciel, du soleil et de ce qui se trouve bien au-delà, et qui n’est autre que le Soi (le Graal). Il y a donc un prix à payer pour en arriver là. Je peux en témoigner car la descente fut vraiment pénible. Les muscles tétanisés de mes cuisses m’empêchaient de marcher correctement et je serais tombé à plusieurs reprises si je n’avais pas eu mon bâton de marche. Le trajet du retour fut long, deux fois plus de temps qu’à l’aller, et douloureux. D’ailleurs, j’ai mis quelques jours à m’en remettre physiquement alors que j’étais un randonneur expérimenté. J’ai retenu au moins une leçon de tout cela : se rapprocher ou s’éloigner du Soi n’est pas sans conséquences pour le moi !
