LE MIROIR DE L’ÂME – UN CONTE SOUFI D’AUJOURD’HUI (CHP4)

Le miroir de l'âme, un conte soufi d'aujourd'hui

Chapitre 4 – Un nouveau monde

La citée royale était située sur un grand plateau au sommet d’une colline verdoyante d’où l’on avait une vue imprenable sur toute la vallée. Le palais se trouvait au milieu de trois enceintes concentriques de forme carrée, reliées entre elles par quatre voies pavées à angle droit. Chacune des trois murailles était percée de quatre portes alignées sur les quatre points cardinaux et protégées par une herse devant laquelle se trouvaient des gardes armés. La première enceinte regroupait le palais royal et ses jardins ainsi qu’un temple sacré auquel était adossé une université. La deuxième enceinte, plus grande, entourait les somptueuses demeures de la noblesse et les différents bâtiments à usage militaires. Enfin, la troisième et dernière enceinte, la plus vaste, abritait les maisons et les boutiques de riches marchands, négociants, commerçants, artisans et autres propriétaires terriens.
Le lendemain matin, le prince se leva au chant du coq et prépara à la hâte son balluchon pour enfin partir à l’aventure. Il emprunta les vêtements du fils du cuisinier en chef du palais pour passer inaperçu et rejoignit au plus vite les gardes de son escorte. Deux valeureux gaillards expérimentés, dont les armes blanches étaient dissimulées sous leurs longs habits de marchands. Les trois compagnons montèrent sur leurs chevaux sous le regard inquiet du roi et de la reine. Le prince salua une dernière fois ses parents et la petite troupe s’engagea sur la voie du Sud, tout juste illuminée par les premiers rayons du soleil. Ensemble, ils franchirent une à une les trois portes successives de la Miséricorde, de la Lumière et de la Vie avant de pénétrer dans le monde extérieur à la cité.
La journée s’annonçait belle et ensoleillée. Les trois compères descendirent la colline à cheval en suivant la voie pavée en pente douce qui menait à la vallée. Le prince choisit ensuite de se rendre dans le village le plus proche pour découvrir le mode de vie de ces gens dont il ignorait presque tout. Le chemin était agréable à parcourir. Il était bordé d’une grande forêt d’un vert profond qui contrastait avec le ciel bleu azur de ce début de printemps. Les oiseaux virevoltaient dans les airs et les abeilles écumaient les fleurs des champs. Après environ une lieue, la petite compagnie arriva à l’entrée du village. Un vieux bourg de plusieurs centaines d’âmes établi au bord d’un grand lac aux eaux turquoises. De nombreux paysans s’activaient dans les champs aux alentours tandis que les pêcheurs remontaient dans leurs embarcations de bois des filets pleins de poissons.
Le village grouillait de vie. Ici et là, les enfants sortaient en courant de belles maisons en pierre du pays et s’amusaient dans les ruelles comme on le faisait au palais royal. Il se faufilaient au milieu des étals sur lesquelles on trouvait des fruits et des légumes de saison, et qui côtoyaient des échoppes d’artisans et des boutiques de commerçants. Il y avait même une sorte d’école à ciel ouvert où les petits comme les grands écoutaient attentivement les leçons d’un maître fort intéressant. Les gens déambulaient librement ou vaquaient à leurs occupations. Dans cette foule bigarrée, les trois compagnons passaient quasiment inaperçus.
Le prince observait la vie de ces gens simples avec la plus grande attention. C’était pour lui comme un rêve éveillé. Il éprouvait un grand plaisir à se trouver parmi eux et il n’hésitait pas à interpeller ceux qui croisait sa route pour leur posait mille et une questions sur leurs occupations, leur famille et le déroulement de leur vie au quotidien. Les villageois étaient plutôt accueillants avec les étrangers et le reste de la journée se passa tranquillement. Les trois compagnons déjeunèrent dans une petite auberge et le prince eut tout le temps d’explorer les environs à sa guise. Il découvrit par exemple comment on faisait du miel ! Certes, il connaissait fort bien les tenants et les aboutissants du procédé de fabrication de ce doux nectar. Il les avait appris à l’université auprès des plus grands érudits ! Mais il ignorait tout de la passion qui animait un apiculteur et de cette relation spéciale qui l’unissait à ses abeilles. C’est que ce type de connaissance ne s’apprenait pas dans les livres, mais sur le terrain auprès des gens qui faisaient vivre ces belles choses telles que l’apiculture, l’agriculture ou encore la pêche. Le temps qui lui était octroyé par le roi fondit comme neige au soleil et fort de ces nouvelles expériences, le prince se résolut à rentrer avant le crépuscule au palais, le cœur joyeux.
Le roi et la reine étaient rassurés après avoir écouté attentivement les dernières aventures de leur jeune garçon. Le prince continua donc de plus bel et chaque jour il s’éloignait de plus en plus du palais pour explorer de nouveaux territoires, où il apprenait d’incroyables secrets en côtoyant de près les éleveurs de bétail, les forgerons, les meilleurs chasseurs ou encore les guérisseuses qui connaissaient les vertus ou la dangerosité de la moindre plante de la forêt.

Extrait du livre Le miroir de l’âme, un conte soufi d’aujourd’hui, J.M. Montsalvat, 2022. À paraître fin janvier 2022.