LE PAON

Paon

Rûmî est né à Balkh dans l’actuel Afghanistan en 1207 et mort à Konya dans l’actuelle Turquie en 1273. Il est l’un des plus grands poètes mystiques en langue persane.

Le moment est venu de décrire le paon qui se pavane. Son seul souci est de capter l’attention d’autrui sans même connaître la raison de cette manière d’agir. Il est comme un piège qui ignore tout du gibier, car il n’est qu’un instrument et ne connaît pas la finalité. Quelle curieuse chose qu’un piège ! Il fonctionne mais n’en retire aucun profit. Ô mon frère ! Tu as réuni autour de toi tous tes amis. Tu as passé de bons moments avec eux puis, tu les as tués ! Depuis que tu es au monde, tu ne fais que cela. Tu essaies d’attraper les gens avec le piège de l’amitié. Mais, tu n’obtiendras rien de ton entourage. Une grande partie de ta vie s’est déjà écoulée. La nuit est en train de tomber et toi, tu songes encore à poser tes pièges ! Tu captures une bête, tu en libères une autre. C’est là le jeu d’un enfant ignorant. Quand viendra la nuit, tous tes pièges seront vides. Tout ceci n’est qu’un boulet, une entrave qui gêne ta marche. Tu te prends à ton propre piège et te prives de tes possibilités ! A-t-on jamais eu connaissance d’un chasseur victime de ses propres pièges ? Le seul gibier intéressant, c’est l’amour. Mais quel est le piège qui sert à sa capture ? Mieux vaut tomber dans les pièges de l’amour. Laisse tes pièges et va vers les siens. En ce moment même, l’amour me glisse à l’oreille cette vérité : « Il vaut mieux être le gibier que le chasseur ! ».

Source : Djalâl al-Dîn Rûmî – Le Mesnevi : 150 contes soufis – Albin Michel – 1988

Tag(s) associé(s):