LE SERPENT-DRAGON

Serpent-Dragon

Rûmî est né à Balkh dans l’actuel Afghanistan en 1207 et mort à Konya dans l’actuelle Turquie en 1273. Il est l’un des plus grands poètes mystiques en langue persane.

Un jour, un chasseur de serpents partit dans les montagnes pour chasser. Il cherchait à capturer le plus grand des serpents. Or, une violente tempête de neige s’abattit sur les hauteurs. Soudain, notre chasseur tomba en arrêt devant un énorme serpent. Il cherchait un serpent, mais il venait de trouver un dragon. Il fut d’abord saisi d’une grande frayeur, mais s’aperçut bientôt que le monstre était engourdi par le froid. Il décida donc de le ramener au village afin que la population puisse l’admirer. De retour au village, il s’écria : « Je viens de capturer un dragon ! Il m’a donné bien du fil à retordre, mais je suis quand même arrivé à le tuer ! ». Le chasseur croyait vraiment le serpent mort alors qu’il n’était qu’engourdi par le froid. La foule accourut pour admirer le dragon tandis que le chasseur racontait les péripéties imaginaires de cette capture. La populace, prise de curiosité, ne cessait de s’attrouper et attendait que le chasseur soulève la couverture sous laquelle il avait dissimulé l’animal. Le chasseur, lui, espérait tirer un bon profit d’un tel public, mais le temps qui s’écoulait et la chaleur finirent par sortir le serpent de sa torpeur. Quand la foule vit que ce serpent prétendu mort bougeait encore, elle s’enfuit en criant d’horreur. Les gens se piétinaient les uns les autres pour s’échapper plus vite. Quant au serpent, il avala d’un seul coup le chasseur en lui broyant les os.

Les privations transforment un serpent en ver de terre. L’abondance transforme le moustique en faucon. Va ! Laisse plutôt le dragon enfoui sous la neige. Ne l’expose pas au soleil. Méfie-toi du soleil du désir, car il peut transformer le hibou en faucon.

Source : Djalâl al-Dîn Rûmî – Le Mesnevi : 150 contes soufis – Albin Michel – 1988

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