STELLA MARIS – LA QUÊTE DE LA FLEUR D’OR (CHP5)

Stella Maris, la quête de la fleur d'or

Chapitre 5 – UN PETIT ANGE

Je commençais à entrevoir un sens à cette mésaventure. Ma mère me l’avait enseigné, les lois de Dame Nature étaient strictes. Certes, on pouvait peut-être les violer, mais dans ce cas, il fallait être prêt à en assumer les conséquences. Par expérience, je savais qu’on ne pouvait pas lutter contre Dame Nature. C’était un combat perdu d’avance. Tôt ou tard, la nature reprenait ses droits. Maman me disait souvent que pour réussir dans ce monde, il fallait avant tout épouser le courant de la vie et tirer avantage de la connaissance des lois naturelles. Peut-être que le père du nourrisson travaillait pour la société d’exploitation de la mine ? Hypothèse vraisemblable qui avait le mérite d’expliquer pourquoi la fumée noire s’en était prise à son enfant. Mais là n’était pas l’essentiel. Ce qui était fondamental à ce moment précis, c’était de déterminer l’origine exacte des fumées noires et découvrir le moyen de renvoyer celle qui s’était insinuée dans le corps du bébé, ainsi que de le protéger contre toutes autres tentatives d’agression à l’avenir.
Je remerciai Garmir pour toutes ces informations et je lui renouvelai ma demande : pouvait-il me conduire à la mine ? Il accepta de m’y accompagner, mais seulement au petit matin. La nuit n’était pas propice à ce genre d’expédition. Par ailleurs, il voulait que nous puissions reprendre des forces avant de nous aventurer hors de la ville. Je le suivis ainsi dans son repaire afin de profiter de quelques heures de sommeil avant notre départ à l’aube. C’était une petite cabane en bois abandonnée au fond d’un cimetière accolé à une église bâtit à quelques pas du centre-ville. Nous étions au calme et au sec. Nous nous installâmes pour la nuit. Je me blottis contre Garmir pour profiter de la chaleur de son corps, nous nous endormîmes aussitôt, tous deux las d’une si longue et éprouvante journée. Garmir me réveilla au petit matin. Il était temps d’aller chercher de quoi nous sustenter avant de partir. Il avait ses habitudes et il m’emmena avec lui sur la place du marché. Pour gagner du temps, il m’autorisa à grimper sur son dos.
Quelle sensation agréable de galoper les cheveux au vent. Je dois avouer qu’à cette époque j’étais encore jeune et jolie ! J’avais de longs cheveux roux tressés qui tombaient sur mes reins, des yeux vert émeraude, des taches de rousseurs sur un visage d’enfant, le teint hâlé par le dernier soleil d’été et une silhouette affinée par l’exercice physique ainsi qu’une nourriture saine et variée. Je vivais alors le printemps d’une très longue vie à venir. Arrivés au marché, Garmir nous conduisit tout droit vers son garde-manger favori. À cette heure matinale, la place était encore vide, mais les poubelles étaient bien remplies. Qui aurait pu croire tout ce qu’on pouvait y trouver comme fruits et légumes de bonne qualité ? Je ne comprenais pas comment ces hommes pouvaient jeter aussi facilement tous ces bienfaits de la nature… En tout cas, cela faisait notre bonheur et nous mangeâmes de bon cœur et à notre faim. Un petit détour à la fontaine pour nous désaltérer et nous étions prêts à partir pour la mine. Mais avant cela, je souhaitais m’enquérir de l’état de santé de mon petit protégé : « Garmir, pourrions-nous aller voir le bébé s’il vous plaît. Sa maison n’est pas très loin d’ici ?
– Hum, la maison de Chatoulai… Soit, mais ne perdons pas de temps. Je voudrais atteindre à la mine avant l’arrivée des humains. Allez, grimpe sur mon dos.
– Merci Garmir !
– Hum, tu n’es pas aussi légère que ça finalement ! me dit-il le sourire au coin des lèvres.
– Que voulez-vous dire ?
– Hum, pourquoi t’encombres-tu de tout ce bric-à-brac que tu transportes sur toi ?
– Ah, je vois. Eh bien, sachez que chaque chose à son utilité. Tout d’abord ma besace contient des plantes, des minéraux et des huiles qui permettent de soigner toutes sortes de maux. Elle est effectivement lourde à porter mais indispensable ! Les grosses perles de nacre dans mes cheveux me protègent du mauvais sort. Mon collier porte un éclat d’étoile tombée du ciel le jour de ma naissance. Il brille dans l’obscurité, mais je le garde la plupart du temps à l’abri sous ma tunique. Le cordon tressé d’or et d’argent à ma taille, outre qu’il maintient en place ma tunique, symbolise les deux pouvoirs du silence et de la parole, c’est l’emblème de mon clan. Le bracelet en cuir que je porte au poignet droit est serti d’un rubis bleu très rare. C’est l’héritage le plus précieux de mon clan ! La lanière en peau de serpent à mon poignet gauche me protège contre le venin des reptiles. Quant aux plumes d’aigle cousues sur mon pantalon, eh bien, comment dire, c’est juste que je trouve ça trop joli ! ».
Garmir resta dubitatif. Il ne paraissait pas convaincu par mon petit monologue. Nous étions arrivés devant la maison du nourrisson. J’empruntai la chatière, traversai le vestibule et montai à l’étage en toute hâte. Dans la chambre du bébé, la mère veillait sur son enfant et lui chantait une berceuse :

« Dors, dors, dors paisiblement mon petit ange,
Fort, fort, fort, nous combattrons ce mal étrange,
Dors, dors, dors paisiblement mon petit ange,
Dehors posée sur sa branche la mésange,
Entonne des louanges pour toi Solange… ».

Émue et touchée par l’amour d’une mère pour son enfant, je compris grâce aux paroles de cette comptine que mon petit ange s’appelait Solange. La petite fille me dévoilait enfin son nom. Elle se portait plutôt bien, même si elle paraissait anormalement amorphe, comme si quelque chose entravait la libre circulation de la vie dans son petit corps. La voir dans cet état renforçait ma détermination. Je descendis dans la salle à manger. Le père ne semblait pas être présent. Chatoulai, fidèle à lui-même, dormait à poings fermés près de la cheminé. Je ressortis par la chatière pour retrouver Garmir qui m’attendait patiemment et nous nous mîmes en route pour la mine. Le souvenir de Solange était dorénavant gravé dans mon cœur.

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