STELLA MARIS – LA QUÊTE DE LA FLEUR D’OR (CHP4)

Stella Maris, la quête de la fleur d'or

Chapitre 4 – UNE DRÔLE D’HISTOIRE

Je remontai à l’étage pour m’assurer que la situation ne s’était pas aggravée. Le petit dormait calmement dans les bras de sa mère sous le regard protecteur de son père. Pour le moment, je ne pouvais rien faire de plus. Alors, je décidai de partir à la recherche de Garmir, ce chien errant que j’avais rencontré par hasard en début de soirée. Je sortis de la maison par la fenêtre du vestibule non sans avoir remarqué au passage la chatière dans la porte d’entrée. Celle-ci faciliterait peut-être mes futures allées et venues. J’étais de nouveau dans la rue. Une pluie drue tombait du ciel rafraîchissant tout à coup l’atmosphère. Je partis sans plus tarder en direction du centre-ville qui n’était qu’à deux pas d’ici. Une fois arrivée sur place, je constatai que la pluie avait manifestement mis fin à la fête qui se tenait là un peu plus tôt dans la soirée. Les êtres humains avaient déserté le lieu. Ils étaient probablement rentrés chez eux pour se mettre au chaud et au sec. Seules traces de leur passage, des papiers et des détritus jonchaient le sol mouillé. Je pivotai sur moi-même en scrutant du regard les alentours et en épiant le moindre signe de vie. Mais rien à l’horizon hormis quelques pigeons qui arpentaient les trottoirs en quête de nourriture.
Chatoulai m’avait pourtant bien dit que Garmir traînait dans les parages, fouillant régulièrement les poubelles pour trouver de quoi se nourrir. Je me résolus à l’attendre au sommet de la fontaine. De cet endroit, j’avais une vue dégagée sur les alentours. Je m’assis confortablement le dos contre le rebord, les yeux grands ouverts. J’étais prête à veiller toute la nuit s’il le fallait. Après quelque temps, j’entendis une voix rauque qui me souffla à l’oreille : « Réveille-toi petite lutine ! Tu pourrais faire une mauvaise rencontre ici. ». J’ouvrai les yeux brusquement et je vis Garmir qui se tenait là, au pied de la fontaine. Il reprit : « Hum, ce n’est pas très prudent de s’endormir n’importe où dans une ville comme celle-ci.
– Oui en effet, ce n’était pas mon intention première. Je me suis assoupie alors que je vous attendais.
– Hum, que me veux-tu petite lutine ?
– Stella, mon nom est Stella je vous prie. Votre ami Chatoulai m’a dit que je vous trouverai ici. J’ai une importante question à vous poser.
– Hum, Chatoulai, mon ami ! Elle est bien bonne celle-là. Qu’aurais-je à faire avec une boule de poils aussi présomptueuse qu’arrogante ? me rétorqua-t-il sur un ton exaspéré.
– Peu importe les liens qui vous unissent. L’affaire est grave Garmir, lui répondis-je d’une voix pressée par l’urgence.
– Garmir… Je ne sais pas s’il existe encore un Garmir par ici… Je ne comprenais rien à ces étranges divagations. La lune s’était levée et la nuit était bien avancée. Le temps pressait alors je me résolus à l’attaquer de front.
– J’ai besoin de votre aide. Avez-vous déjà vu une curieuse fumée noire déambuler dans les rues ces jours-ci ?
– Hum, oui et pas qu’une seule fois. Il y en a plusieurs qui hantent cette ville, me dit-il surpris de ma soudaine résolution.
– Que savez-vous à leur sujet ?
– Hum, pas grand-chose. Je sais seulement qu’elles proviennent de l’ancienne mine à la périphérie de la ville. Mon instinct me dit qu’il ne faut surtout pas s’en approcher. Elles sentent le soufre !
– Pouvez-vous m’y conduire ?
– Hum, où ça, à la mine ? N’as-tu pas entendu ce que je viens de te dire. Il n’y a que des mauvaises choses qui sortent de cette maudite mine. ».
Je lui contais le reste de mon histoire pour le faire changer d’avis et lui faire prendre conscience qu’une vie était en jeu. Qu’il le veuille ou non, notre destin était d’une façon ou d’une autre lié à celui de cette famille d’humains. C’était très important pour moi, car la santé d’un nourrisson en dépendait sûrement. Face à mon insistance, Garmir dû céder et me raconter tout ce qu’il savait. Il y a plusieurs jours déjà, il vagabondait aux alentours de l’ancienne mine située un peu à l’écart de la ville. Selon la légende, cette mine avait été exploitée il y a une dizaine d’années par un chercheur d’or farfelu qui ne trouvait jamais rien, jusqu’au jour où il découvrit dans les entrailles de la montagne une gemme extraordinaire.
Un diamant d’une pureté rare, mais hormis lui-même personne ne l’avait vu en ville. La rumeur disait qu’il l’avait caché dans un endroit secret de peur qu’on le lui vole. Il paraît qu’il finit par devenir fou à force de contempler la lumière de son joyau… D’ailleurs, certains pensaient qu’il avait passé bien trop de temps dans les profondeurs de la terre, éclairé seulement par sa lampe à pétrole. On ne le vit quasiment plus en ville jusqu’au jour où il disparut sans laisser de trace, sa cabane sur le flanc de la montagne était restée désespérément vide. Plus personne ne s’approcha de sa mine, qui pour la plupart des gens était dorénavant maudite.
Elle était donc abandonnée depuis de nombreuses années lorsqu’une poignée d’hommes venus des grandes plaines de l’ouest décidèrent de l’exploiter de nouveau, mais cette fois-ci avec des moyens modernes. Ils vinrent s’installer en ville avec leurs familles et une horde d’ouvriers. Ils emmenèrent avec eux des explosifs et d’énormes engins mécaniques. Avec l’aide de ces monstres, ils trouèrent le flanc de la montagne, creusèrent plusieurs galeries et s’enfoncèrent toujours plus profondément dans les ténèbres de la Terre. Les abords de la vieille mine devinrent méconnaissables. La végétation avait été balayée d’un revers de main et les fiers rochers avaient été éparpillés en mille morceaux. Les hommes avaient blessé Dame Nature.
Sa réponse fut immédiate et de sa colère surgirent du cœur de la montagne les premières fumées noires. Aveuglés par l’or qu’ils extrayaient avec avidité, les hommes ne remarquèrent pas les sombres vapeurs. Par contre, ils en ressentirent les effets rapidement. Plusieurs ouvriers tombèrent malades pris de fièvres foudroyantes. La seule réponse que leurs chefs trouvèrent fut de les renvoyer d’où ils venaient et d’amener toujours plus de sang neuf pour pallier les défections. En faisant cela, ils mésestimèrent la détermination de Dame Nature qui en désespoir de cause allait désormais s’en prendre à ce qu’ils avaient de plus cher : leurs enfants !

Extrait du livre Stella Maris, la quête de la fleur d’or, J.M. Montsalvat, 2021.

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