STELLA MARIS – LA QUÊTE DE LA FLEUR D’OR (CHP3)

Stella Maris, la quête de la fleur d'or

Chapitre 3 – Le maître de maison

Les cris du bébé s’étaient un peu atténués, mais on voyait bien que le pauvre enfant souffrait. La nuit était bien avancée et les parents étaient médusés, désespérés de voir leur enfant dans cet état. Mon père m’avait appris à ne jamais baisser les bras et à toujours voir le bon côté des choses. Même si une situation était difficile, il fallait prendre suffisamment de recul pour la juger avec précaution et dans ces conditions, on trouverait certainement un enseignement à en tirer et une possibilité d’action. Appliquant ces préceptes ancestraux, je me souvins alors des enseignements de ma mère : « À tout mal, un remède ! ». Je ne savais pas de quoi il souffrait, mais je pouvais au moins soulager sa douleur. Je sortis précipitamment de ma besace les plantes médicinales et les fioles dont je ne me séparais jamais. Encore un précieux conseil de maman ! J’avais tout ce dont j’avais besoin pour apaiser le nouveau-né. Je préparai hâtivement un onguent à base d’herbes et d’huile de foie de poisson que j’appliquai sur le corps du nourrisson. Le résultat fut immédiat. La douleur s’était évanouie et les pleurs de ce pauvre enfant avaient enfin cessés, et par là même les parents et le médecin étaient miraculeusement soulagés. De mon côté, je savais bien que le plus dur nous attendait, car je n’avais pas vu ressortir cette maudite fumée noire des narines de notre petit ami. De combien de temps disposions-nous avant la disparition des effets de l’onguent ? Je n’en avais aucune idée, ne connaissant pas l’origine et la nature de cette drôle de fumée.
Je quittai la chambre du nourrisson avec le médecin et le père qui le raccompagna jusqu’à la porte. Chose étrange pour ces deux hommes : le mal du bébé était parti aussi vite qu’il était apparu… Il lui demanda de l’avertir au moindre changement. De mon côté, je réfléchissais à tout ce qui venait de se produire, cherchant à donner du sens à tous ces événements, espérant trouver une solution rapidement. J’étais seule dans le vestibule. Le père venait de remonter à l’étage. Je décidai de marcher un peu. Je pris le couloir qui menait à une grande pièce éclairée par un feu allumé dans l’âtre de la cheminée. Il y avait aussi une lampe à huile posée sur un vaisselier à l’autre bout de la pièce. Au milieu de la salle trônait une magnifique table en orme clair ainsi que plusieurs chaises. Un portrait de famille sur l’un des murs et de larges fenêtres donnaient apparemment sur un jardin.
Le crépitement du bois et la douce chaleur que diffusait la cheminée m’avaient un peu engourdie. Je regardais, pensive, les flammes danser sur les bûches rougeoyantes lorsqu’une lueur jaunâtre attira mon attention. Je remarquai tout à coup dans l’angle que formait la cheminée avec le mur, deux yeux luisants qui me fixaient intensément : « Un loup ! », m’écriai-je ! Et mon cœur se mit à battre violemment à l’idée qu’il y avait dans cette pièce une bête des plus féroces. Le monstre sortit de la pénombre et me dit d’un air surpris : « Eh bien ! C’est la première fois qu’on me confond avec un loup ! ». C’était un gros chat persan au long poil d’un bleu gris profond, qui s’avançait vers moi nonchalamment. J’étais soulagée de voir cet animal aussi gracieux. Après tout, qui y avait-il de commun entre un loup et un gros matou ? Il continua ainsi : « Comment t’appelles-tu amusante lutine ?
– Je m’excuse. Je ne voulais pas vous froisser. Je me nomme Stella, du clan des lutins de la montagne, répondis-je un peu confuse.
– La montagne, je vois… Il n’y a pas de mal. Je suis même plutôt flatté d’inspirer autant de crainte. Je suis Chatoulai, le seigneur de cette demeure. Enchanté de faire ta connaissance Stella. Que me vaut l’honneur de ta visite ? demanda-t-il intrigué.
– Eh bien, n’avez-vous entendu tout le raffut à l’étage ?
– Non, je n’ai rien entendu. Je faisais une petite sieste comme à mon habitude avant le dîner. J’ai le sommeil lourd tu sais et en général, le monde à la courtoisie de disparaître lorsque je suis endormi, rétorqua-t-il avec une pointe d’arrogance.
– Du coup, je vais tout vous expliquer. J’assistais à la fête qui se tient au centre-ville quand j’aperçus une étrange fumée noire que j’ai suivi jusque dans votre maison. Elle est entrée par la fenêtre. Puis, elle est montée à l’étage, s’est introduite dans la chambre du nourrisson pour ensuite s’engouffrer dans ses narines. Le nouveau-né s’est aussitôt mis à pleurer. Fort heureusement, un onguent a pu le soulager de cette douleur provoquée par cette fumée bizarre.
– Plutôt ennuyante ton histoire, dit-il d’une voix hautaine. La brièveté de sa réponse m’avait interloquée.
– N’êtes-vous pas affligé par ce malheur qui atteint le plus jeune membre de votre famille ?
– Pour quelle raison ? Ce ne sont après tout que mes locataires. Je leur permets de vivre sur mon territoire et en échange, ils me servent ma pâtée cinq fois par jour…
– Je comprends. Et au sujet de cette fumée noire ? L’avez-vous déjà vu dans votre demeure ?
– Chez moi ? Non.
– Et à l’extérieur ?
– Non plus. Le verbiage de ce chat en devenait agaçant… Par contre, quelqu’un m’en a parlé une fois, il me semble.
– Qui était-ce, s’il vous plaît. C’est très important, car je n’ai pas vu la fumée noire quitter le corps de l’enfant, et je n’ai aucune piste pour le moment.
– Voyons, ce devait être ce roturier. Comment s’appelle-t-il déjà ? Ah oui, Garmir.
– Garmir ?
– Oui, un chien errant, le poil grisâtre avec une marque sur le front.
– Une sorte d’étoile noire, c’est bien ça ? Où puis-je le trouver s’il vous plaît ?
– Il traîne toujours dans les rues du centre-ville. Il mange les détritus que l’on jette dans les poubelles…
– Merci beaucoup. ». Avec cette nouvelle information, j’avais enfin une piste et sans plus attendre je pris congés du pseudo-maître de cette maison.

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