TURKISH DELIGHT (2ème PARTIE)

Café turc

J’ai rencontré un jour un vieil homme dans un bazar d’Istanbul. Il m’a demandé de lui offrir un café à la turque. J’étais seul à cette époque et j’ai donc accepté. Nous avons longuement discuté autour de pâtisseries traditionnelles et pour me remercier, il m’a conté une drôle histoire.

Suite et fin…

Un camp de bohémiens venait de s’installer aux abords de son quartier. Les bohémiennes avaient la réputation de prédire l’avenir, alors elle décida d’aller à leur rencontre. Elle sortit de chez elle un samedi matin très tôt, pendant que sa fille et son mari dormaient encore, harassés par une longue semaine d’un dur labeur. Elle trouva facilement le camp des bohémiens et tapa à la porte de la première roulotte venue. Une vieille femme lui ouvrit, la salua sans mot dire et lui fit signe d’entrer. L’intérieur de la roulotte était une véritable caverne d’Ali Baba. Les murs étaient tapissés d’une sorte de patchwork de tissus multicolores tandis que les meubles et le sol était couverts de livres et de bibelots en tout genre, qui auraient très bien pu appartenir à une sorcière d’autrefois. Au fond, se trouvait un grand miroir rectangulaire dont le cadre était probablement en argent. Devant celui-ci, il y avait une table et deux chaises. Elle s’assit et invita la maman à faire de même. La vieille la regarda un long moment dans les yeux avant de lui adresser la parole : « Que cherchez-vous madame ?
– Eh bien, disons que j’ai un problème…
– Quel genre de problème ?
– Je fais le même rêve toutes les nuits depuis des jours…
– En quoi est-ce un problème ?
– Ce genre de chose n’est pas normal !
– Pas normal pour qui ? dit-elle d’une voix monotone.
– Eh bien, pour toute personne qui possède une bonne santé mentale !
– Vous cherchez la paix, répondit-elle, sans que la maman puisse savoir au juste si c’était une question ou une affirmation. Racontez-moi votre rêve, je vous prie. Elle lui raconta alors son rêve dans les moindres détails. La vieille la fixa du regard une seconde fois. Ses yeux d’un noir de jais semblaient scruter son âme. On aurait dit qu’elle observait minutieusement des formes mouvantes dans un miroir. Puis, elle sortit de ce long silence. Voulez-vous connaître la paix ? Quelle drôle de question se dit la maman en elle-même.
– Euh, oui, pourquoi pas…
– Je vais donc te dire ce que tu n’as pas su lire en toi-même. Sache que les trois jeunes hommes que tu vois en rêve sont tes trois futurs garçons ! Ils sont habillés de belle manière et différemment, parce que le premier sera un illustre poète et écrivain, le second sera un astronome doublé d’un brillant mathématicien, tandis que le troisième, entre les deux à mi-chemin, sera un grand musicien ! ».
Elle ne comprit pas tout ce que la vieille bohémienne lui avait révélé ce matin-là, mais peu importait parce que son cœur s’était enflammé à l’idée d’avoir, non pas un, mais trois futurs bébés ! Elle remercia chaleureusement sa bienfaitrice et lui fit don d’une aumône généreuse. Le cœur en paix, elle était enfin libérée de son rêve et elle accoucha d’un premier garçon quelques mois plus tard. Puis, le second et le troisième arrivèrent coup sur coup. En l’espace de quelques années seulement, la famille s’était miraculeusement agrandie. Les cris des enfants, qui jouaient dans le jardin, résonnaient dans tout le quartier, pour le plus grand bonheur de leurs parents.

Fin…

J.M. MONTSALVAT© 2020.