VISIONS

Psychédélique

Nasr Eddin Hodja est un personnage imaginaire qu’on retrouve sous une forme ou sous une autre dans tous les pays qui ont été en contact avancé avec la civilisation islamique. À la fois, savant et religieux ingénu, parfois faux-naïf prodiguant des enseignements tantôt absurdes tantôt ingénieux, sa renommée s’étend de l’Europe (Balkans) à l’Asie (Iran, Inde, Mongolie, etc.) en passant par l’Afrique (Maghreb, Égypte, Afrique subsaharienne). De fait, ses aventures sont célébrées dans des dizaines de langues différentes (serbo-croate, persan, turc, arabe, grec, russe, etc.) et contées à travers de multiples pays encore aujourd’hui.

Par un concours de circonstances, Nasr Eddin Hodja entra à la cour de Tamerlan. Très vite, il fit partie de l’entourage proche du terrible chef de guerre, en se faisant passer pour un grand mystique doué de pouvoirs surnaturels. Un jour, son maître voulut en avoir le cœur net et demanda des preuves irréfutables à Nasr Eddin : « Tous les mystiques ont des visions, paraît-il. Et toi ? dit le sultan.
– Par Dieu, lui répondit Nasr Eddin, j’en suis comblé à chaque instant.
– Eh bien, reprit Tamerlan, dis-moi ce que tu es en train de voir, et si tu ne vois rien, je te ferai couper la tête sur-le-champ !
– Je vois des ailes de feux battre les cieux, je vois à la place du soleil un trône de diamants porté par quatre lions d’or, je vois des ruisseaux de lait coulant intarissables des nues, je vois…
– Quelles extraordinaires visions, l’interrompit le sultan, soudain saisi d’admiration et de crainte. Ô vénérable derviche ! Comment fais-tu, dis-moi, pour franchir ainsi l’apparence des choses ? Quels efforts accomplir sur soi-même pour être ainsi emporté jusqu’au septième ciel ?
– Il n’y a aucun effort à faire, la peur suffit ! rétorqua Nasr Eddin. ».

Source : Jean-Louis Maunoury – Les aventures de l’incomparable Nasr Eddin Hodja – Edition Phébus – 2002.

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