RIME FÉNIX – LA COULEUR BLEUE DU VENIN (CHP3)

Rimé Fénix, la couleur bleue du venin

Chapitre 3 – Une conversation sinueuse

Je marchais depuis environ une heure. La forêt avait changé d’aspect. Je n’entendais plus les oiseaux chanter. Plus aucun bruit hormis le son de mes pas et le vent qui agitait les aiguilles des pins. Les rayons de soleil avaient du mal à se frayer un chemin jusqu’à moi. Je comprenais maintenant pourquoi la forêt noire portait ce nom. Elle était devenue si sombre et le peu de lumière qui parvenait jusqu’ici, projetait des ombres parfois inquiétantes. Une étrange atmosphère se dégageait de ce silence soudain. Je vis au loin un tronc d’arbre mort en travers de mon chemin. Il était posé là-bas, un peu avant ce qui me semblait être une bifurcation. Ce tronc avait quelque chose de bizarre, plus je me rapprochais et plus j’avais l’impression qu’il se dandinait ! Je continuais à marcher dans sa direction. Après quelque temps, je constatai que le sentier se séparait effectivement en deux voies et j’avais l’espoir d’y trouver un repère quelconque me permettant de m’orienter. Mes attentes furent aussitôt anéanties quand je compris que le tronc d’arbre était en réalité un énorme serpent qui se tenait là, nonchalamment, et barrant l’accès aux deux poteaux indicateurs qui m’intéressaient.
Le serpent leva sa lourde tête dans ma direction et m’adressa la parole : « Te voilà enfin Rime. Et oui, je sais tout de toi ! Je te connais depuis fort longtemps déjà. Ne sois pas étonnée de m’entendre te parler. ». Sur ce dernier point, le serpent se trompait manifestement, car après avoir discuté avec un cerf et un poisson, plus rien désormais ne pouvait m’étonner. Le serpent continua son monologue sur un ton emphatique, visiblement peu soucieux de mon avis sur la question : « Tu es à la croisée des chemins. Suis la direction indiquée par le poteau qui se trouve sur ta gauche. Il y a non loin d’ici une allée forestière qui t’amènera jusqu’à ta maison. ». Le serpent s’interrompit et je compris qu’il me cédait la parole. Je me remémorais un des conseils du poisson : ne te fie pas aux apparences…
J’interrogeai le serpent, à vrai dire plus par souci de le contrarier que de connaître la vérité : « Quelle direction indique le poteau de droite, toi qui sembles tout savoir ? ». Il me répondit en se montrant dédaigneux : « Vers un monde de souffrance ! ». Puis, poursuivant sur un ton devenu doucereux : « Ne prends pas ce chemin droit, étroit et exigeant mais plutôt la route gauche, large et accommodante. Rentre chez toi, retrouve les tiens autour d’un bon repas. Accorde-toi un repos bien mérité et oublie cette mésaventure aberrante. ». Ce serpent ne me plaisait guère, même s’il est vrai que j’avais très envie de retrouver le confort de mon nid douillet.
Sur le panneau du poteau indicateur à droite était écrit : « Vers le vieux chêne, distance 1,1 km ». Pourquoi ne pas aller voir ce vieux chêne après tout ? La matinée n’était pas encore terminée et il n’était plus si loin. Ma curiosité l’emporta et je décidai de m’engager sur ce sentier pour aller l’admirer. J’allais en avertir le serpent quand un cri de rapace vint rompre le silence de la forêt. Je me tournai vers le serpent qui semblait inquiet, et lui avoua mes intentions. Il hocha de la tête et me dit : « Puisque c’est ainsi, je t’accompagne. Je connais bien cet endroit ». Je me donnai un peu de courage et je pris la direction du vieux chêne en sa compagnie. Que pouvait-il m’arriver dorénavant, à moi qui avait brillamment tenu tête à un serpent ?

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