RIME FÉNIX – LA COULEUR BLEUE DU VENIN (CHP1)

Rimé Fénix, la couleur bleue du venin

Chapitre 1 – Une rencontre inattendue

J’avais pris l’habitude de marcher dans la forêt de beau matin. J’aimais cette ambiance particulière où les lueurs naissantes du jour qui s’annonce dissipent les ténèbres de la nuit. Dans cette atmosphère mystérieuse, j’apercevais parfois les traces fugaces d’êtres merveilleux qui hantaient la forêt. Je voyais leurs silhouettes apparaître puis disparaître dans le jeu d’ombres et de lumières engendré par la clarté du jour qui précède le lever du soleil. Quelquefois, j’arrivais à surprendre une de ces créatures qui rôdaient dans les bois. Je la contemplais quelques instants sans faire de bruit, jusqu’à ce qu’elle s’évanouisse dans l’obscurité de la nuit.
D’ordinaire, je déambulais tranquillement en me laissant porter par le bruissement du vent. Cependant, mes sens restaient toujours en alerte et dès que j’entendais un bruit suspect ou que je voyais quelque chose se mouvoir au loin dans les fourrés, je m’arrêtais net et me tenais sur le qui-vive comme un chasseur à l’affût. Ce jeu enfantin ne pouvait pas me faire de mal. Ces êtres fabuleux qui ne peuplaient que mon imaginaire, m’aidaient à supporter le quotidien et sa monotonie, et croire qu’ils vivaient peut-être ailleurs que dans mes fantaisies, me donnait le courage d’affronter la banalité de la vie.
En été, je me promenais en général de l’aube jusqu’à la fin de l’aurore. J’appréciais la fraîcheur de ces nuits estivales et l’éclat de leur ciel étoilé. J’empruntais souvent un sentier qui longeait la lisière de la forêt. J’adorais écouter les chants mélodieux des oiseaux qui répondaient au silence pesant des hommes encore endormis. C’est durant l’une de ces flâneries d’été qu’un événement inattendu se produisit. J’entendis un curieux bruit qui troubla la tranquillité de mon esprit. Je m’arrêtai brusquement pour en déterminer la provenance. Je scrutais les alentours pour voir s’il y avait quelque chose qui pourrait stimuler mon imagination, mais je ne voyais rien de très passionnant.
Soudain, mon regard fut attiré par les mouvements anormaux des branches d’un gros buisson. Je pensais tenir là quelque chose d’intéressant lorsque j’aperçus une ombre qui en sortait et s’avançait dans ma direction. La silhouette avait l’air menaçante et elle me glaça le sang. Elle avait quelque chose de bien réelle et cette fois-ci, ce n’était pas le fruit de mon imagination. Paralysée par la peur, je n’osais plus bouger et j’espérais naïvement qu’elle ne me remarquerait pas. Je réalisai la bêtise de ma réaction lorsque je vis ses deux yeux jaunes me fixer intensément et se rapprocher dangereusement de moi. Je voulais fuir, mais je restai pétrifiée par la frayeur qu’elle m’inspira. Mon cœur battait si fort et mes jambes étaient si lourdes que je finis presque par me résigner à périr ici, seule, dans cette forêt que j’aimais tant…
L’ombre continuait à progresser lentement vers moi et les brindilles qui jonchaient le sol craquaient sous ses pas. J’avais la confirmation que cette chose qui s’approchait était bel et bien réelle ! C’est alors que la lune fit son apparition. Je ne l’avais pas remarquée jusqu’ici parce qu’elle était occultée par les nuages depuis tout ce temps. Aussitôt, l’ombre fut chassée par la lumière froide de l’astre lunaire pour laisser la place à un jeune cerf majestueux. Était-ce le roi de la forêt en personne qui se tenait devant moi ? Pas de doute possible ! Il était si proche que je pouvais sentir son puissant souffle sur mon visage figé par l’effroi. Une voix m’interpella : « Bonjour ! ». Était-ce le cerf qui me parlait ? Non, c’était impossible ! Et pourtant, il n’y avait personne autour de moi si ce n’est le noble monarque. Comme ce mystère dépassait de très loin la raison, je me contentai alors de répondre bêtement : « Heu, bonjour… ». Puis reprenant mes esprits, je me dis à moi-même : « Ça par exemple, par quel miracle un cerf peut-il bien parler ? ».
Il coupa court à mes pensées et me répliqua sur un ton aussi doux que chaleureux : « Rime, tu es désormais prête à entamer un voyage dont on ne revient pas indemne. Va au pied du vieux chêne qui se trouve au centre de la forêt. Hâte-toi, quelque chose qui bouleversera ta vie t’y attends déjà. ». Au loin, des hurlements de chiens interrompirent le cerf. Étrangement, le soleil venait de se lever et les premiers rayons lumineux m’aveuglèrent un instant. Lorsque je recouvris la vue, le cerf avait disparu. Je ne savais pas quoi penser de ce qui m’était arrivé. Plus j’y réfléchissais et plus je me disais que j’avais dû faire un mauvais rêve, et que toute cette histoire était encore une fois le simple produit de mon imagination. Plus je me répétais cela et plus mes souvenirs s’estompaient, et devenaient brumeux. Une phrase restait pourtant clairement gravée dans ma mémoire : « Va au pied du vieux chêne qui se trouve au centre de la forêt. ».

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