LE MIROIR MAGIQUE

Reflet dans l'eau

Le miroir magique est un objet merveilleux qui tient une place importante dans le monde des contes de fées. Il apparaît dans différents récits à travers le temps et l’espace. Il y a plusieurs exemples qui me viennent en tête : « Blanche-Neige » des frères Grimm, « La Belle et la Bête » de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont ou encore dans certaines variantes du conte japonais « Princesse Kaguya ».

C’est donc un objet universel qui a imprégné l’imaginaire des enfants des quatre coins du monde et qui continue à exister dans notre conscience collective, notamment à travers la littérature fantasy et le cinéma (Shrek, Harry Potter, etc.). Les caractéristiques du miroir magiques sont particulièrement intéressantes. La plupart du temps, il est doué de l’audition et de la parole, et il est surtout capable de refléter les vérités invisibles, voire les désirs les plus profonds. Incapable de mentir, le miroir magique apprend à la méchante reine que Blanche-Neige est la plus belle femme du royaume. Par la suite, il lui révèle qu’elle est toujours vivante malgré l’ordre donné à ses sbires de l’assassiner. Dans « La Belle et la Bête », le miroir joue un rôle un peu différent. Il permet à la Bête de tout voir sans avoir à sortir de son antre. C’est en quelque sorte une « fenêtre sur le monde extérieur » pour la Bête qui ne possède que deux choses : un miroir et une rose… Le miroir magique joue un rôle similaire dans le conte de la « Princesse Kaguya », où la fille du roi du peuple de la Lune (Kaguya-hime), offre à son époux resté sur Terre un miroir dans lequel il pourra la contempler à volonté.

D’une manière générale, le miroir est un symbole puissant et évocateur, souvent associé à la sagesse et la connaissance parce que cet objet magique est censé refléter la vérité des choses apparentes et cachées. Les traditions spirituelles de l’humanité font du miroir un symbole de l’âme humaine. Elles nous expliquent que lorsqu’elle a été suffisamment purifiée (ou polie), elle est en mesure de manifester les qualités divines qui se cachent dans la profondeur de son intimité. Potentiellement, l’âme serait donc un miroir parfait, un instrument de connaissance du réel dans toute sa complexité. Mais dans ces conditions qui est celui qui utilise cet outil et quelles connaissances peut-il obtenir ? Selon moi, les contes nous donnent des pistes de réflexions très intéressantes, si on considère les personnages et les objets magiques non pas comme des êtres indépendants, autonomes et se suffisant à eux-mêmes, mais comme les différentes facettes de l’être humain envisagé dans toutes ses dimensions. Se faisant la portée d’un conte dépasse les limites de l’histoire et de la morale, qui ne sont que les aspects apparents du message initiatique caché dans le conte. Pour ma part, je pense que les contes nous aident à nous réunifier, à réunir ce qui est épars en nous, et en définitive à réintégrer notre multiplicité constitutive dans l’unité fondamentale de notre être. Concrètement, cela signifierait que le miroir, celui qui se mire et l’image reflétée ne sont finalement que des aspects différents mais complémentaires de tout être humain. Ainsi, l’armature du miroir pourrait figurer le corps humain, sa surface polie représenterait l’âme, celui qui s’y mire serait l’esprit (la dimension spirituelle de l’être) et l’image contemplée symboliserait alors la connaissance de soi. Cette allégorie nous montre toute l’importance accordée à la pureté et à l’orientation du regard de celui qui se mire dans le miroir magique. Dans ce sens, l’esprit égotique de la méchante Reine n’y verra que des choses très « terre à terre » tandis que l’esprit plus ouvert de la Bête y regardera le monde extérieur, alors que l’esprit amoureux de l’époux de la princesse Kaguya, y contemplera sa bien aimée dans le Ciel à tout jamais…