Dans la Nuit

A person and dog sit by a campfire under a starry Milky Way in the desert.

J’ai fait un rêve à la fin de cette nuit.
Dans le désert sous une voûte étoilée,
Perdu sur une mer de sable infinie,
J’errais sans but, à l’évidence égaré.
Soudain, je ressentis une soif intense,
Un besoin vital de me désaltérer.
Sur cette terre aussi aride qu’immense,
Je scrutai l’horizon en quête d’un signe,
Mais trouver de l’eau semblait perdu d’avance.
Grâce au ciel, je vis au loin une colline,
Où je distinguais une lueur fébrile,
Main tendue de la providence divine.
Je marchais guidé par cet espoir fragile.
Lorsque j’arrivai à destination,
J’aperçus plus bas une oasis fertile,
Et un puits comme seule aspiration,
Dont l’eau apaisa le feu qui me rongeait.
J’eus alors comme une révélation.
Derrière moi, un vieil homme se dressait.
Il pointait du doigt une tour en pisé,
Sans parole, je compris qu’il m’invitait.

Au premier étage, je vis médusé,
Des théologiens brandissant leurs livres,
Le regard noir, comme des armes sacrées.
Au deuxième étage, des milliers de livres,
Une mer de science pour les savants,
Un gouffre dangereux pour ceux qui sont ivres.
Au dernier étage, des gens importants,
Discutaient des mystères de l’univers,
Assis sur leur chaise confortablement.
Discours philosophiques des plus divers,
Apportant des réponses essentielles,
Même aux questions que l’on pose à l’envers.

Au pied de la tour, s’élançant vers le ciel,
Je m’interrogeais et restais circonspect,
Sur tant de questions existentielles.
Mon hôte me regarda avec respect,
Tenant une torche enflammée dans sa main,
Qu’il jeta sur la tour en restant muet.
Et l’édifice brûla dans son écrin,
Ne laissant bientôt plus qu’un amas de cendres,
Et de la fumée comme unique témoin.
Les étoiles s’éteignirent sans attendre,
La lune s’obscurcit jusqu’à disparaître,
Tandis que les ténèbres semblaient s’étendre,
Partout dans le désert et sur tous les êtres.
Je sombrais dans un immense désespoir,
La mort régnait dorénavant seule en maître.
La nuit obscure entamait son œuvre au noir,
Un rêve doux transformé en cauchemar,
Il n’y avait pour moi plus aucun espoir.

J’étais plongé dans l’obscurité. Enveloppé par de profondes ténèbres, j’avais perdu toute lumière. Mes yeux, autrefois perçants, étaient frappés d’une cécité surnaturelle. Le silence assourdissant me faisait douter de ma propre existence. Sans appui ni repère, j’étais prostré, ne sachant que faire et ne pouvant plus rien faire. Immobile et comme suspendu dans une nuée informe, aveugle, sourd et muet, j’attendais à mon tour que la mort vienne me libérer.
C’est dans cet état de déréliction que j’entendis la voix du vieil homme : « Voici le premier pas des pèlerins. Dans les ténèbres commence le chemin. ». Ces paroles, aussi énigmatiques soient-elles, avaient eu le mérite de me tirer d’une solitude écrasante. « De quoi parlez-vous ? », rétorquai-je. Il me répondit : « La noirceur est le début de l’œuvre et dans l’obscur se cache le secret. La noirceur est le signe de la vraie voie et dans l’obscurité commence le mystère. Traverse les ténèbres pour voir naître l’aurore, et, comme le soleil, deviens un enfant de la nuit. ». Sur ces mots, mon rêve prit fin.