STELLA MARIS – LA QUÊTE DE LA FLEUR D’OR (CHP2)

Stella Maris, la quête de la fleur d'or

Chapitre 2 – Un cri dans la nuit

Je suis donc descendue du mont Salvat pour découvrir le monde d’en bas et voir dans quelle mesure je pourrais être utile aux êtres humains. C’est ainsi et avec un grand étonnement que je me retrouvais seule, au début d’une belle soirée d’automne à l’entrée d’une petite ville de quelques milliers d’âmes, située dans une vallée au pied du mont de mon enfance. Je ne savais pas par où commencer. D’après ma mère, c’était Dame Nature qui me guiderait vers le foyer qui m’était destiné. Du coup, je déambulais dans les rues animées du bourg principal au gré du vent, attentive au moindre signe du destin. De nombreuses familles humaines s’étaient rassemblées en ce jour à l’occasion de la fête de l’équinoxe d’automne. Il y avait des fanions colorés suspendus au-dessus des ruelles, des guirlandes de fleurs accrochés aux réverbères, des lampions fixés aux fenêtres des maisons en pierre et des chalets en bois typiques du pays. Une bonne odeur de marrons chauds se répandait dans l’air. Les enfants courraient et chahutaient parmi les parents qui discutaient de choses et d’autres en écoutant d’une oreille un orchestre qui jouait une musique douce et lancinante. Tous semblaient heureux en cet instant.
Un bruit métallique me fit sursauter. Un chien fouillait dans les poubelles à quelques pas. Je me dirigeai alors dans sa direction et à mesure que je me rapprochai, la vague silhouette prenait forme sous l’éclairage diaphane d’un vieux lampadaire. Il était de grande taille, trapu avec le pelage gris. Un chien très ordinaire, si ce n’est qu’il y avait une petite étoile noire sur son front. Je ne m’arrêtai pas plus longtemps sur ce détail et je l’interpellai chaleureusement : « Holà l’ami ! Que faites-vous ici ?
– Hum, je suis à la recherche de mon repas du soir, dit-il en se tournant vers moi le regard curieux. Mais qui es-tu étrange créature ?
– Ah oui ! Je vous prie de bien vouloir excuser mes mauvaises manières. Je m’appelle Stella, fille d’Astron et d’Astéria, du clan des lutins de la montagne. Je viens tout juste d’arriver en ville.
– Hum, un lutin… marmonna-t-il dans ses moustaches. Visiblement, il n’avait pas dû en voir beaucoup dans sa vie. Comment es-tu arrivée jusqu’ici sans te faire remarquer ? demanda-t-il étonné.
– C’est très simple. Nous autres les lutins, nous sommes invisibles au regard des êtres humains !
– Hum, c’est très pratique ça… Et par quel miracle je te prie ? rétorqua-t-il d’une voix intéressée.
– C’est que la plupart des hommes d’aujourd’hui ont simplement perdu la capacité de voir les créatures du petit peuple. Ils sont maintenant tellement subjugués par les apparences qu’ils en sont venus à nous ignorer totalement. Non seulement ils n’arrivent plus à nous voir de leurs yeux, mais de plus, ils sont devenus incapables de concevoir jusqu’à notre existence !
– Hum, et que viens-tu faire ici ? dit-il un peu exaspéré.
– Je suis à la recherche d’une famille sur qui veiller ! rétorquai-je enthousiaste.
– Hum, comment une petite chose, à peine plus haute que trois pommes pourrait-elle protéger des humains ? ».
Et au même moment, un violent coup de bâton s’abattit à deux doigts de la tête de l’animal. Une vieille femme à l’air patibulaire venait de s’en prendre à notre ami : « File d’ici, maudit chien ! Comme si je n’avais pas assez de travail comme ça, tu as renversé mes poubelles sac à puces ! ». Le chien s’éloigna aussitôt sans demander son reste et disparu rapidement dans l’obscurité d’une petite allée. Manifestement, les êtres humains ne semblaient pas apprécier les chiens errants dans cette ville.
Je continuai mon exploration en me mêlant aux êtres humains qui dansaient et chantaient sur la grande place. En son centre, se trouvait une petite fontaine. Je profitai de l’occasion pour boire quelques gorgées d’eau, après avoir dégusté un marron chaud abandonné sur le trottoir. La soirée était maintenant bien avancée et je ne savais toujours pas où aller. C’est alors que mon regard fut attiré par une fumée noire qui serpentait parmi les gens sans se faire voir. Elle circulait d’une personne à l’autre pendant quelque temps, s’arrêtant parfois au pied d’un enfant. Puis, elle quitta brusquement la place et s’engouffra dans une ruelle adjacente. Intriguée, je décidai de la suivre un moment. La ruelle était déserte et je crus avoir perdu sa trace. Mais grâce à la lumière du réverbère, je pus la voir au loin pénétrer dans une maison par une fenêtre entrouverte au rez-de-chaussé. Je courus pour la rattraper et j’entrai à mon tour dans cette jolie maisonnette en pierre. Mon don pour l’escalade et les cabrioles en tout genre s’avérait maintenant très utile. J’atterris dans le vestibule qui se prolongeait par un couloir donnant sur une pièce éclairée un peu plus loin. J’entendais les voix d’une femme et d’un homme. J’appris plus tard que c’était les propriétaires de la maison. Sur le côté droit de l’entrée se trouvait un escalier en bois. C’est en haut de celui-ci que j’aperçus furtivement la mystérieuse fumée noire. J’entrepris de monter à l’étage pour voir ce qui s’y tramait. L’escalier donnait à son tour sur un couloir. La fumée noire s’introduisit dans la première pièce sur la droite. Je lui emboîtai le pas et découvris une chambre d’enfant.
Les motifs du papier peint reproduisant quelques animaux de la forêt en témoignaient. Je balayai rapidement du regard l’ensemble de la pièce et je vis sur le côté le berceau d’un nourrisson. La fumée se tenait immobile au-dessus du bébé un bon moment. À cette époque, hélas, j’étais bien trop naïve pour comprendre et anticiper ce qui allait se passer… Soudain, elle s’engouffra dans les narines du nouveau-né qui poussa aussitôt un cri aigu. Ses pleurs attirèrent aussitôt l’attention de la maman qui se précipita dans la chambre de son enfant. Sans perdre un instant, elle le prit dans ses bras et tenta de le calmer, mais rien n’y faisait. Le papa arriva à son tour, sentant bien quelque chose d’inhabituel se tramait à l’étage. Le bébé criait sa douleur. Les jeunes parents étaient démunis. Pris de panique, le père alla chercher en catastrophe le médecin du quartier. Un peu moins d’une demi-heure après cette étrange mésaventure, le médecin s’avoua impuissant, ne sachant pas quel mal s’était emparé de l’enfant. J’étais à la fois triste et en colère contre moi-même. Comment avais-je pu laisser cette chose arriver ? Comment avais-je pu m’imaginer devenir la gardienne d’une famille, alors que j’avais été incapable de protéger un nourrisson ! Ce fut ma première leçon, une très dure leçon…

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