STELLA MARIS – LA QUÊTE DE LA FLEUR D’OR (CHP1)

Stella Maris, la quête de la fleur d'or

Chapitre 1 – Sur la montagne

Aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours aimé vivre sur les hauteurs du mont Salvat. Un petit paradis terrestre dont la cime surpassait les nuages. Je me rappelle très bien de la maisonnette de mes parents. Une sorte de petit chalet en bois perdu au milieu des alpages, trônant parmi les fleurs sauvages et les rochers parsemant les flancs de la montagne. Là où les habitations et les arbres s’épuisaient, naissait un royaume encore sauvage où les règnes animal, végétal et minéral cohabitaient en parfaite harmonie. C’était un domaine de liberté où l’on pouvait découvrir dans la nudité parfois extrême de la nature, une richesse qui n’a pas de prix, comme le bonheur d’appartenir à quelque chose de plus grand que soi.
Lorsque j’étais enfant, je passais des soirées entières allongée sur le toit de la maison familiale, seule, à contempler les étoiles dans la torpeur des nuits d’été. Je regardais avec attention toutes ces constellations dont émanait une douce lueur qui contrastait avec l’obscurité profonde de la nuit. Là-haut, il n’y avait pas de lumière artificielle comme on le voit aujourd’hui dans les villes. Quand le Soleil était absent, c’était la lune et la clarté des bougies qui nous éclairaient. Je me souviens également des longues aurores rougeoyantes qui embrasaient le ciel les jours de printemps. C’était un spectacle magnifique, surtout après avoir survécu à la longue nuit de l’hiver. Nous étions tous très heureux, malgré les difficultés passagères d’une vie simple et ordinaire, mais ô combien enrichissante ! Les étés étaient particulièrement ensoleillés. La chaleur estivale était néanmoins atténuée par les brises descendues des sommets les plus hauts. Nous pouvions aussi nous rafraîchir dans l’un des nombreux cours d’eaux qui dévalaient les pentes depuis les pics enneigés. J’aimais me baigner dans les eaux vives des ruisseaux parfois glacées. La nature était généreuse avec nous. Nous récoltions tout ce qu’il nous fallait en fruits, légumes, noix et autres graines pendant la saison chaude. Ah, les noisettes et les châtaignes de l’automne… Quel souvenir délicieux ! Ainsi, nous ne manquions de rien lorsque la saison froide arrivait et recouvrait de son manteau neigeux tout ce qui existait.
La montagne était à cette époque le centre de mon univers. J’y suis née, j’y ai grandi et puis je m’en suis éloignée pendant un certain temps, peut-être même trop longtemps… À la fin de l’adolescence, j’ai voulu découvrir le reste du monde. Mes parents ont tenté de me faire changer d’avis, mais lorsqu’ils constatèrent l’ampleur de ma détermination, ils m’offrirent de précieux conseils pour mes futures pérégrinations. Avec le recul, je suppose que c’est peut-être cela « être parent », partager son expérience et soutenir son enfant afin qu’il puisse développer le meilleur de lui-même ? Je suis donc descendue dans la vallée pour trouver un coin où m’installer. C’est qu’en tant que lutine affranchie de l’autorité parentale, je me devais de trouver un foyer sur lequel veiller. Chez nous autres les lutins, il y a une tradition ancestrale : quand un lutin est émancipé, il doit assumer, à la mesure de ses capacités bien sûr, une partie de la mission confiée à notre peuple par Dame Nature, à savoir veiller sur les êtres humains quand ils sont chez eux, tout particulièrement la nuit lorsqu’ils sont endormis. Bien sûr, comme partout ailleurs, il y a toujours des individus libres de ne pas respecter les traditions et les lutins ne font pas exception. D’ailleurs, on voit de plus en plus de cas de ce genre chez la nouvelle génération de lutins, notamment celle qui a grandi dans le tumulte des grandes villes, au milieu du béton et de l’acier. Mais ceci est une tout autre histoire…
Pour ma part, je ne connaissais rien au monde urbain, moi qui avais essentiellement vécu à la campagne, même si de temps en temps mon père m’emmenait avec lui à la ville pour régler certaines affaires. Mon père m’avait toujours demandé de considérer avec le plus grand respect nos traditions, car selon lui, elles constituaient notre héritage, accumulé du plus profond des âges ; elles seules étaient capables de maintenir la cohérence et l’harmonie chez le peuple des lutins. Mes parents m’ont donc élevé à la manière traditionnelle, les sept premières années de ma vie ont été consacrées au jeu et à l’exploration et les sept suivantes à mon éducation. Ma mère m’a appris le langage de Dame Nature ou l’art de communiquer avec tous les êtres qui nous entourent pour en retirer des bienfaits divers et variés. Qui aurait pu soupçonner, par exemple, les merveilleux secrets inscrits dans la nature et jalousement conservés par les plantes médicinales des alpages, et par les pierres précieuses issues du cœur de la montagne ? De son côté, mon père m’a enseigné l’histoire de notre peuple, sa langue, sa noblesse et sa vertu, tout en me transmettant son goût pour les activités physiques. Je suis ainsi devenue une experte en escalade, bonds, sauts et autres cabrioles… À la fin de ma formation, j’entrais dans le troisième cycle de sept ans, celui qui est dédié à la grande mission des lutins, c’est-à-dire veiller sur les êtres humains.

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