LE ROI GRENOUILLE

Le roi grenouille

« Der Froschkönig oder der eiserne Heinrich » que l’on pourrait traduire par « Le roi grenouille ou Henri de fer » est un conte populaire allemand que l’on trouve notamment dans les recueils des frères Grimm.

C’est l’histoire d’une jeune princesse qui joue avec une balle en or qui tombe malencontreusement au fond d’une fontaine. Une grenouille apparaît alors à la surface de l’eau et propose à la jeune fille de lui rapporter la balle à la condition de l’emmener avec elle au château. La petite fille accepte et la grenouille lui remet sa balle en or. Une fois son jouet récupéré, la princesse oublie sciemment sa promesse et rentre seule chez elle. La grenouille la suit malgré tout et frappe quelques heures plus tard à la porte du château, au moment du dîner. La princesse découvre avec surprise la grenouille sur le pas de la porte et refuse de la laisser entrer. Elle raconte alors toute l’histoire à son père, le roi, qui lui ordonne de tenir sa promesse. À contrecœur, la jeune fille accueille la grenouille et la dépose au pied de la table à manger. La grenouille n’est pas contente de son sort et lui demande de monter sur sa chaise, puis sur la table pour enfin goûter le repas qui a été servi dans l’assiette de la princesse. Au moment de se coucher, la grenouille souhaite rejoindre la jeune fille dans son lit mais celle-ci dégoûtée, la jette violemment contre le mur de sa chambre. La grenouille meurt et de son sang jaillit un prince charmant ! Une sorcière lui avait jeté un mauvais sort. La princesse tombe immédiatement amoureuse du prince qui l’emmène dans son royaume à bord d’un carrosse tiré par huit chevaux blancs et conduit par son fidèle serviteur Henri. Ce dernier s’était fait ceindre la poitrine de trois cercle de fer pour que son cœur n’éclata pas de douleur, depuis que le prince était devenu grenouille. Heureux d’avoir retrouvé son prince, les trois cercles entourant la poitrine d’Henri se brisent d’eux-mêmes tout à tour sur le chemin du retour.

Comme dans tous les contes rapportés par les frères Grimm, il y a énormément d’éléments symboliques dans cette histoire, ce qui permet d’envisager légitimement de multiples interprétations à des niveaux divers et variés. Pour ma part, j’aime considérer que les contes nous parlent de nous-mêmes, et les interprétations les plus pertinentes sont pour moi celles qui nous apprennent des choses sur notre réalité intime et profonde, au-delà des aspects purement psychologiques.

J’ai le sentiment que l’âme humaine est déchirée entre deux mondes. Pour schématiser, on pourrait dire qu’il y a d’un côté le monde visible et sensible, et de l’autre le monde invisible et intelligible. Cette dichotomie semble se retrouver au niveau de l’âme humaine, que l’on pourrait scinder à son tour en deux : une âme « basse » tournée vers les choses matérielles et sensibles, et une âme « haute » orientée vers les choses spirituelles. Ces deux aspects paraissent s’entremêler et s’opposer le plus souvent, créant ainsi des conflits, comme c’est le cas entre la grenouille et la jeune princesse au début du conte. Dans ce sens, le voyage initiatique de l’âme consisterait peut-être à réconcilier ces deux tendances contraires pour en faire des principes complémentaires, respectivement symbolisés par la grenouille et la jeune fille puis par le prince et la princesse à la fin du conte. Une fois unifiés (le prince et la princesse se marient) après de multiples péripéties parfois violentes (la mort de la grenouille qui laisse la place au prince), ces deux principes peuvent alors donner leur pleine mesure et engendrer la vie : ils eurent beaucoup d’enfants et vécurent heureux… Il est aussi intéressant de noter que ce rapprochement entre la grenouille et la princesse s’est fait principalement pour deux raisons : 1. le désir amoureux de la grenouille pour la princesse, 2. l’ordre du roi obligeant sa jeune fille à tenir sa promesse.

Il y aurait évidemment encore beaucoup à dire sur ce magnifique conte qui ouvre un des recueils des frères Grimm. Nous n’avons pu aborder qu’un aspect parmi une multitude d’autres et encore de façon superficielle. Je considérerais néanmoins que mon but est atteint si cette histoire a résonné en vous comme elle l’a fait en moi. Je vous laisse donc le soin de compléter à votre tour le récit de ce beau et merveilleux voyage de l’âme à travers le temps et l’espace…