RÉENCHANTER LE MONDE

Livre imaginaire

Pourquoi les mondes fantastiques, la magie et les super-héros tiennent-ils une place aussi importante pour nous aujourd’hui ? La production cinématographique et littéraire dans ce domaine n’a jamais été aussi abondante que ces dernières décennies, et touche tous les types de publics, quel que soit l’âge et le genre… Mais qu’est-ce que cela peut-il bien nous révéler à propos de nos sociétés ? Chacun se fera certainement sa propre idée

Pour ma part, je pense que le succès des livres et des films de fantasy est dû au fait qu’ils répondent tous à un besoin fondamental de l’être humain : être émerveillé par le monde dans lequel il vit ! Etty Hillesum (1914-1943) l’a magnifiquement exprimé dans ses « Écrits spirituels » (Seuil – 2008) : « Chaque être m’est une histoire que me conte la Vie. Et mes yeux émerveillés ne cessent de lire son grand livre. ». Malgré tout, la vie n’est pas toujours facile et ce n’est rien de le dire ! Même ceux qui ne sont pas touchés par la misère matérielle, éprouvent ce besoin de merveilleux au cœur de leur vie. Alors pourquoi ? Peut-être parce que la vie moderne et trépidante d’aujourd’hui ne laisse plus beaucoup d’occasions de vivre le merveilleux dans notre quotidien. du coup, nous avons besoin de nous évader en prenant des vacances pour nous reconnecter à nous-même et à la nature, en allant au cinéma ou en lisant des livres… Mais plutôt que d’offrir un poisson à l’affamé, mieux vaut lui apprendre à pêcher ! C’est ce que les contes de fées, les légendes et autres grands récits initiatiques de l’humanité semblent nous transmettre : apprendre à réenchanter notre monde intérieur pour nous émerveiller du monde extérieur… Et peut-être qu’ainsi, nous pourrons nous aussi, rejoindre ces femmes et ces hommes qui se sont éveillés à la beauté qui se cache en eux, et comme le dit Paul-Émile Victor (1907-1995) : « Vivre, c’est se réveiller la nuit dans l’impatience du jour à venir, c’est s’émerveiller de ce que le miracle quotidien se reproduise pour nous une fois encore, c’est avoir des insomnies de joie. ».