Etymologie sacrée

Étymologie sacrée (mar. 2020)

Contempler

Le verbe « contempler » signifie regarder quelque chose ou quelqu’un avec beaucoup d’attention et d’une certaine manière, souvent caractérisée par un sentiment (considération, admiration, dégout, effroi, etc.), afin de l’observer dans tous ses aspects pour en prendre pleinement conscience.

Le mot « contempler » provient du latin contemplor qui véhicule l’idée de délimiter un espace sacré pour sortir de la condition profane afin de scruter le ciel en vue d’un présage. Dans l’ancienne religion romaine, les Augures (prêtres) prenaient les auspices (avis specio : « j’observe les oiseaux ») avant toutes décisions importantes. Pour cela, ils délimitaient dans le ciel un espace désigné par le mot templum (temple, enceinte sacrée) et observaient le comportement des oiseaux par rapport à celui-ci pour en tirer certaines conclusions.

En intériorisant ces quelques données, on pourrait dire que dans le contexte du cheminement spirituel la contemplation consisterait à retrouver en nous-même cet espace sacré, ce temple au sein de notre intimité la plus profonde, cet état de conscience dans lequel il est possible d’observer les régions supérieures de notre être, représentées par les cieux intérieurs décrits dans les textes anciens ; ces cieux peuplés par les anges des religions monothéistes, souvent symbolisés par des oiseaux, ou par des divinités dans les autres traditions. Autrement dit, contempler notre être intérieur, ce serait un peu comme si nous nous unissions avec une portion du Ciel.

Comprendre

Le verbe « comprendre » véhicule l’idée d’une saisie par l’intelligence du sens de quelque chose, que ce soit un objet, un événement ou les paroles et les actes de quelqu’un, etc. « Comprendre », c’est aussi voir les choses et le monde qui nous entourent d’une certaine manière. C’est également contenir, englober et inclure les choses dans un ensemble plus vaste.

Le mot « comprendre » provient du latin comprehendere qui signifie « saisir avec, prendre avec soi ». Partant de cette constatation, le guide spirituel Arnaud Desjardins (1925-2011) définit la compréhension de la manière suivante : « Quand nous prétendons comprendre quoi que ce soit ou qui que ce soit, cela veut dire que notre conscience est capable de l’inclure ; cela devient nous, cela fait partie de nous, nous ne le sentons pas comme différent de nous ou un autre que nous. ». En d’autres termes, comprendre quelqu’un ou quelque chose c’est le reconnaître comme faisant partie intégrante de soi et c’est abolir du même coup les frontières entre l’intérieur et l’extérieur.

Arnaud Desjardins nous entraîne encore plus loin. Pour lui, la définition précédente correspond au terme anglais comprehension. Néanmoins, il remarque de façon pertinente que le verbe correspondant est to understand (« comprendre ») qui littéralement pourrait se traduire par « se tenir sous », c’est-à-dire « […] se mettre exactement à la place de l’autre – et non plus à notre place à nous, à notre place d’ego. ». Dans ce contexte, les paroles du Christ deviennent soudainement limpides : « Demeurez en moi, et moi en vous », évangile de Jean 15:4. Dans ce sens, la conscience humaine serait donc capable de devenir aussi vaste que l’Esprit universel qui inclut en lui toutes les choses créées.

L’être humain qui réaliserait effectivement cela serait alors en droit d’affirmer comme Plotin (205 – 270 apr. J. -C.) que : « Chaque chose possède toutes choses en elle et voit aussi toutes choses en chaque autre, en sorte que partout toutes choses sont là. Chacune est toutes et toutes sont chacune, et la splendeur est sans borne. ».

Connaître

Le verbe « connaître » renvoie entre autre, au fait de pouvoir identifier quelque chose ou quelqu’un par une expérience effective. Le Soufisme nomme ce mode de connaissance : al-dhawq , c’est-à-dire le goût que l’on a d’une chose après en avoir fait l’expérience. Le soufi ‘Azîz Nasafî (?-1287), disciple du maître spirituel Najm al-Dîn Kubrâ (1145-1221), a dit dans ce sens : « […] quiconque n’a jamais goûté au sucre, n’en saura jamais le goût malgré la description qu’il en aura eue. ».

Certains pensent que le verbe « connaître » proviendrait du latin cognōscere, terme qui serait à rapprocher du grec ancien γνῶσις (gnôsis : gnose, connaissance). René Guénon (1886-1951) quant à lui reprend Aristote et lui fait dire que « l’âme est tout ce qu’elle connaît », établissant ainsi une identité entre l’être et le connaître. L’être humain serait donc tout ce qu’il connaît et connaîtrait effectivement tout ce qu’il est. Dans ce contexte, la réalisation spirituelle consisterait à être ce que l’on connaît, et « connaître l’univers et les dieux » reviendrait à s’identifier consciemment à l’univers et à chaque dieu connu.

Mais pour cela, il faudrait que cette connaissance soit au moins potentiellement présente dans l’être humain, sinon il n’y aurait pas d’identification possible. C’est ce que semble affirmer Platon (428 av. J.-C – 348 av. J.-C) lorsqu’il écrit : « Tout ce que l’homme apprend est déjà en lui. » ; et c’est dans la même veine qu’Arnaud Desjardins a pu écrire : « Si vous avez tout accepté en vous, si vous avez vu consciemment que l’univers entier était en vous, le meilleur du meilleur, le pire du pire, tout – vous connaissez, au vrai sens du mot connaître qui signifie « être consciemment », tout, et par conséquent plus rien ne vous est étranger ; plus rien. ».

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