fo-hi, dragon céleste

Fo-hi, la sagesse chinoise

Fo-hi vit un dragon sortir du fleuve, unissant en lui les puissances du Ciel et de la Terre, et portant les trigrammes inscrits sur son dos.

Tchoung-young, XXII.

Le sage Fo-hi est un personnage mythique considéré par la tradition chinoise comme le premier empereur de Chine dont le règne se serait étendu de 3468 à 2952 av. J.-C. Cette période de plusieurs siècles indique qu’il s’agirait ici avant tout d’un cycle particulier de la tradition chinoise pendant lequel elle aurait été adaptée à la nouvelle mentalité humaine alors émergente.

Pour conserver et transmettre à ses contemporains et aux générations à venir, les connaissances spirituelles dont il était le dépositaire, Fo-hi utilisa deux symboles linaires : le trait continu et le trait brisé. Ces « deux déterminations » correspondant aux « […] signes respectifs du yang et du yin, c’est-à-dire des deux principes actif et passif qui, procédant d’une sorte de polarisation de la suprême Unité métaphysique, donnent naissance à toute la manifestation universelle.», René Guenon (1886-1951).

Traits continu (yang) et brisé (yin) de Fo-hi
Traits continu (yang) et brisé (yin) de Fo-hi

La tradition chinoise rapporte que : « avant de tracer les trigrammes, Fo-hi regarda le Ciel, puis baissa les yeux vers la Terre, en observa les particularités, considéra les caractères du corps humain et de toutes les choses extérieures ». Après une longue méditation, Fo-hi élabora huit trigrammes composés de trois traits superposés yang et/ou yin (2 x 2 x 2 = 8 possibilités), considérés encore aujourd’hui comme les huit symboles fondamentaux de la sagesse chinoise. Ainsi, chaque symbole possède un aspect visible, à savoir le dessin graphique du trigramme en lui-même, et un aspect invisible comprenant un ensemble d’idées et de concepts abstraits. Par exemple, le trigramme composé de trois traits pleins (yang) est nommé « Qian » et véhicule les idées de perfection active, ciel, père, sud, cheval, vigueur, etc. A l’opposé, le trigramme composé de trois traits brisés (yin) est nommé « Kun » avec les idées de perfection passive, terre, mère, nord, vache, réceptif, etc.

Les huit trigrammes de Fo-hi

Les trigrammes de Fo-hi furent consignés dans le « Livre des mutations » (« Yi-Jing ou Yi-King »), dont le contenu fut enrichi a posteriori de soixante-quatre hexagrammes, six traits pleins et/ou brisés correspondant aux différents assemblages des trigrammes deux à deux (8 x 8 = 64 possibilités). Le « Yi-Jing » a toujours été utilisé par les chinois comme une aide à la prise de décision et comme un moyen de divination. Il s’agissait de poser une problématique au « Yi-Jing » qui répondait par un hexagramme censé indiquer les tenants et les aboutissants permettant de résoudre harmonieusement le problème en question. Pour déterminer cet hexagramme, le consultant effectuait un tirage au sort complexe à l’aide de cinquante tiges séchées d’une plante appelée « achilée mille-feuille ».

De nos jours, le « Yi-Jing » sert encore de base conceptuelle à de nombreuses disciplines comme le « Feng shui » (« harmonisation énergétique d’un lieu »), la médecine chinoise, l’acupuncture, le tai-chi (« gymnastique de rééquilibrage énergétique »), etc. On entrevoit donc avec ces quelques exemples, le potentiel et la richesse symbolique supportés par les trigrammes de Fo-hi et ses hexagrammes dérivés.

Les 64 hexagrammes dérivés des 8 trigrammes de Fo-hi

René Guenon affirme que les trigrammes et hexagrammes du « Yi-Jing » seraient des figures renvoyant avant tout à des réalités d’ordre spirituel et à partir desquelles il serait possible de représenter des « théories susceptibles de recevoir des développements illimités, et susceptibles aussi d’adaptations multiples, si, au lieu de se tenir dans le domaine des principes, on en veut faire l’application à tel ou tel ordre déterminé. ». En d’autres termes, ces graphiques millénaires porteraient en eux des possibilités de conception permettant d’accéder aux principes métaphysiques et de comprendre les lois cosmiques ainsi que leurs applications dans des domaines divers et variés, notamment ceux qui concernent les nombreux aspects de la vie humaine. En cela, la profondeur du « Yi-Jing » se rapproche indéniablement du « Corpus Hermeticum » de l’ésotérisme occidental.

Ainsi, il est possible de s’appuyer sur le « Yi-Jing » et de l’utiliser comme un outil de connaissance de soi afin de trouver des éléments de réponse à l’énigme existentielle qu’est l’être humain. A la question : « Qui suis-je ? », la sagesse chinoise pourrait certainement nous répondre : « Cherche parmi les hexagrammes ! ». D’ailleurs, des taoïstes comme Lao-tseu (570-490 av. J.-C.) et Tchouang-tseu (369-286 av. J.-C.), héritiés du « Yi Jing » affirmaient que « l’homme véritable » (« tchen-jen »), expression équivalente de « l’homme primordial » (« al-Insân al-Qadîm ») de l’ésotérisme islamique, était « L’ami du Ciel et de la Terre » et « Celui qui connaît la joie céleste ». Ce même titre de « tchen-jen » que les écoles ésotéristes du « Yi-Jing » accordaient de plein droit à celui qui avait acquis la science parfaite des hexagrammes.

Cette conception de « l’homme véritable » (« tchen-jen »), par opposition à l’homme ordinaire, désigne tout être humain qui possède effectivement la plénitude de la nature humaine, ayant développé l’intégralité de ses possibilités. Cette conception se trouve au cœur même de l’hexagramme n°11 : « Grande Paix, Prospérité » et sera traitée dans un prochain article.

Hexagramme n°11 : Grande Paix, Prospérité

Sources principales de l’article :

René GUENON – Taoïsme et Confucianisme In : Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le Taoïsme – Gallimard – 1973

René GUENON – La Grande Triade – Gallimard – 2016.

Arlette DE BEAUCORPS et Dominique BONPAIX – Le Yi Jing – Pratique et interprétation pour la vie quotidienne – Albin Michel – 2010.

Bulletin de l’Association française des amis de l’Orient, n°8, Paris, 1922. Repris dans les Mélanges posthumes sur les religions et l’histoire de la Chine, Bibliothèque de diffusion du Musée Guimet, Paris, 1950, vol. II, pages 225-242.

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