La grâce divine

La grâce divine

L’amour véritable n’admet pas d’arrière-pensées. Par l’amour, le Bien et le Mal cessent d’exister.

Farîd al-Dîn ‘Attâr (1140-1230).

Une des premières choses que fait un guide spirituel lorsqu’il initie un nouveau disciple, est de le rattacher directement au Principe suprême, quelque soit le nom qu’il porte dans la tradition considérée : Allah, Dieu le Père, « YHWH », Brahma, le Tao, etc. Dans cette optique, le maître extérieur n’est qu’un compagnon sur la Voie et même s’il est éminemment un représentant de Dieu sur le plan humain, il n’en reste pas moins que toute avancée sur un chemin spirituel se fait en définitive par la seule grâce divine.

Dans le langage d’aujourd’hui, la grâce renvoie selon les contextes aux idées de faveurs, de remise de peine, de beauté indéfinissable, d’aide, d’assistance et de secours miraculeusement octroyés par Dieu aux hommes pour leur salut. Par ailleurs, l’étymologie du mot « grâce » se rapporte au grec ancien « kháris » qui a donné le terme « eucharistie » (« eukharistía ») employé par les catholiques pour désigner le rite lié à l’action de grâce divine, qui soit dit en passant est nommée « Sainte-Cène » chez les protestants. Mais la grâce, c’est aussi l’amour comme le suggère le rapprochement possible avec le latin « charitas » qui véhicule également l’idée de désirer et faire le bien d’autrui. Dans ce sens, le guide spirituel contemporain Mooji (1954-), qui affirme s’inscrire dans une lignée de l’école hindoue de la Non-Dualité (« Advaïta Vêdânta ») a exprimé d’une manière très poétique ce dont il s’agit : « La grâce est essentielle pour la libération. Elle est synonyme de liberté. La grâce est l’activité du satguru (maître authentique en sanskrit), notre réalité la plus intime. La grâce est la bienveillance divine au service d’elle-même. ».

Dans la conception traditionnelle (sur la doctrine des états multiples de l’être, voir l’article L’appel de la montagne), l’homme dont le champ de conscience se trouve limité par définition au plan humain, est en même temps beaucoup plus qu’il n’y paraît. Il est avant tout un pur esprit dont la psyché subtile et le corps matériel ne sont que des modalités de manifestation spéciales, transitoires et contingentes. Cet esprit qui n’est en définitive pas différent de l’Esprit universel, la séparation étant purement illusoire à ce degré de réalité, peut être considéré comme le véritable « Soi » d’une individualité humaine. Pour reprendre une parabole évangélique bien connue (Jean 15:1-5), on pourrait dire que le « moi » (corps et âme) est uni au « Soi » de la même façon que le sarment appartient à la vigne.

Ainsi, à ce point de vue spécial, c’est le « Soi » qui dispense la grâce au « moi », c’est lui qui désire et fait le bien du « moi ». On retrouve cette idée dans l’Hindouisme, notamment dans Bhagavad-Gîtâ où le « moi » limité et le « Soi » inconditionné sont respectivement personnifiés par le Seigneur Krishna et le prince Arjuna : « […] celui qui a pris en moi (Krishna) son refuge obtient par ma grâce l’éternel et impérissable séjour. » (verset 18:56) et « Si tu ne penses qu’à moi (Krishna), ma faveur te fera franchir tous les obstacles […] » (verset 18:58). A ce niveau, c’est une véritable déclaration d’amour sans cesse renouvelée du « Soi » transcendant au « moi » impermanent. Inversement, le « moi » ne fait qu’aimer son « Soi », quelque soit l’objet de son amour, qu’il en ait conscience ou non, c’est le « Soi » qu’il aime à travers tous les objets et les êtres qu’il l’entourent. Le verset coranique 2:115 le suggère clairement : « [… ]où donc que vous vous tourniez, là est la “Face” de Dieu […] ».

Par ailleurs, ce lien d’amour qui unit le « Soi » au « moi », véhicule l’influence spirituelle nommée « grâce divine » dans le Christianisme, « baraka » dans le Soufisme ou encore «  prasâda » dans l’Hindouisme. Cette influence spirituelle peut être conçue comme un pouvoir permettant à chaque être humain de se transformer progressivement pour atteindre la plénitude de son être, à l’image de cette force mystérieuse qui pousse la chenille à se métamorphoser en papillon, et qui permet à la graine de séquoia de devenir un arbre majestueux. En d’autres termes, l’influence spirituelle permet à l’être adventice de se transcender pour devenir ce qu’il est réellement de toute éternité.

On peut en tirer des conséquences pratiques dans le cadre du cheminement spirituel, notamment lorsque les maîtres nous demandent d’adopter le comportement du jardinier qui ne possède pas sa propre source d’eau. Ce jardinier est à la fois actif et passif, c’est-à-dire équilibré. Actif parce qu’il aménage et entretien son jardin selon les règles de l’art, tout en recherchant les sources d’eau disponibles, et passif car une fois le travail terminé, il attend patiemment que la pluie tombe du ciel et vienne vivifier ce qu’il a soigneusement planté dans le sein de sa terre en matière de fruits, légumes et autres plantes odoriférantes. En cela, le jardinier a parfaitement compris la sagesse de cette maxime de Jean de La Fontaine (1621-1695) : « Aide-toi, le Ciel t’aidera ».

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