esprit

Tu es esprit

Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut de ce qui est advenu. En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes.

Évangile de Jean, versets 1:3-4

Lorsqu’on observe le corps humain de l’extérieur le bon sens affirme à première vue qu’il est essentiellement matériel, fait principalement de chair et d’os, et de plusieurs liquides (sang, lymphe, etc.) mais en proportion a priori moindre. Et pourtant, le corps d’un bébé est composé à 80% d’eau, même si cette proportion diminue avec le temps. Ainsi, elle passe à 60% en moyenne chez un homme adulte et 55% pour une femme.

Ces faits scientifiques ont le mérite de nous montrer que les apparences sont parfois trompeuses. De la même manière, les traditions spirituelles de l’humanité affirment que l’être humain est un composé ternaire, constitué d’un corps, d’une âme (psyché) et d’un esprit. Le corps et l’âme représentent la dimension individuelle de l’être humain tandis que l’esprit correspond évidemment à sa dimension spirituelle. Dans ce contexte, l’être intégral est avant tout « esprit », tout comme le corps humain est bien plus « eau » que « chair », ses aspects physiques et psychiques étant comme la partie visible de l’iceberg, tandis que son esprit en est la partie immergée.

Dans le jargon métaphysique, on dira que l’individu est un être transitoire, adventice et contingent par rapport à l’esprit universel qui n’est autre que son principe immuable et transcendant. Dans l’Hindouisme, on parlera du « moi » limité et du « Soi » inconditionné (« Âtmâ »), qui sont respectivement personnifiés dans la Bhagavad-Gîtâ par le Seigneur Krishna qui dispense un enseignement au prince Arjuna. De la même façon, le Coran insiste sur le caractère changeant de l’âme humaine (« al-nafs ») mise en rapport avec l’immutabilité de son Seigneur (« al-rabb »), dont la racine arabe véhicule également l’idée d’enseignement. Dans ce sens, le « rabb » est tout autant le Seigneur et l’Enseigneur.

A ce point de vue, l’être humain est donc duel. D’un côté se trouve un « moi » ou égo accidentel dont on fait l’expérience quotidiennement, et de l’autre un « Soi » (esprit, Seigneur) essentiel, incommensurable et qui échappe à tous nos moyens de perceptions habituels. C’est tout le paradoxe de l’homme déchu de sa nature primordiale, qui ayant perdu le sens du divin, est condamné à retrouver par lui-même le lieu central de son intériorité où le « fini » peut renouer le dialogue avec l’Infini. Le problème ainsi posé, réside dans le fait que notre champ de conscience n’est généralement pas suffisamment vaste pour appréhender la partie la plus importante de notre être. La plupart du temps, notre conscience n’embrasse qu’une toute petite partie de notre être véritable qui s’avère être finalement la moins essentielle.

Alors que faire si ce n’est emprunter à notre tour la Voie spirituelle ? Ce chemin qui nous façonne, nous fait grandir et devenir progressivement ce que nous sommes de toute éternité, à savoir « esprit ». Pour autant, l’engagement sur une voie spirituelle n’est pas un choix individuel. C’est le résultat d’une prédisposition ontologique, la manifestation d’une volonté supra-humaine, d’une influence spirituelle qui attire la conscience humaine à elle à travers la « chaîne des mondes », la chaîne d’or initiatique (« al-silsila ») du Soufisme. La Voie appelle tous les êtres mais tous ne peuvent y répondre indistinctement : « Car il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus » (évangile de Matthieu 22:14). Il y a en effet de nombreux obstacles sur le chemin : nos envies, peurs, passions, répulsions, prétentions et en définitive tous nos conditionnements ainsi que toutes nos limitations.

Néanmoins, il existe une issue pour l’âme apaisée qui a été libérée des démons qui la tourmentent (colère, envie, luxure, etc.). Les versets coraniques 89:27-29 l’affirment explicitement : « Ô, toi, âme pacifiée, retourne vers ton Seigneur, agréante et agréée. Entre parmi mes Serviteurs et entre dans Mon paradis ». Cette porte de sortie est la conscience retrouvée du lien qui attache indéfectiblement le « moi » borné au « Soi » inconditionné, ou en d’autres termes le serviteur à son Seigneur si l’on préfère. Ce lien qui apporte lumière, énergie, force et vie à chaque individu.

Dans cette optique, l’être humain doit se libérer de l’illusion d’être séparé de l’esprit universel, par une expérience personnelle lui permettant de redécouvrir cette vérité souvent citée par le soufi Ibn ‘Arabi (1165-1240) pour décrire l’apparition du soleil intérieur « lorsque disparaît ce qui n’a jamais été et que subsiste ce qui n’a jamais cessé d’être ».

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