Loi d'attraction

La loi d’attraction

Toutes les expériences, toutes les choses extérieures qui vous entourent ne sont qu’une occasion pour vous aider à prendre conscience de ce qu’il y a en vous-même.

René Guénon (1886-1951)

La loi d’attraction est présentée aujourd’hui comme la possibilité pour l’être humain de modeler sa réalité par ses pensées. Cette affirmation peut être considérée comme vraie jusqu’à un certain point. En effet, tout dépend de ce qu’on entend par l’expression « sa réalité ». S’agit-il de la réalité subjective individuelle et intérieure de chaque être humain, ou est-il question de la réalité matérielle extérieure ? Pour les tenants de la pensée « new-age », fortement influencée par les mouvements occultistes et spirites de la fin du 19ème siècle, la réalité sur laquelle nous pouvons agir est très clairement le monde matériel. Dans ce contexte, la loi d’attraction affirme que tous les événements qui se produisent dans votre vie sont attirés, consciemment ou non, par vos pensées. Par exemple, les événements négatifs qui me touchent ont été provoqués par un état d’esprit négatif. De même, les choses positives qui surviennent dans ma vie sont dues à un état d’esprit positif. Correctement comprise et appliquée, cette « loi de la nature » doit permettre d’améliorer tous les aspects de votre vie : santé, finances, vie affective, relations, etc. On voit bien dans ces quelques exemples, que la loi d’attraction popularisée par le film et livre « Le Secret », ne vise que des réalisations égotiques et individualistes, que ce soit l’obtention de biens matériels (argent, maison, voiture, etc.) ou psychiques (amour, santé, bien-être, etc.). Sur ce sujet, on peut lire quantité de choses qui trahissent un esprit moderne et une vision utilitariste de la vie comme « Vous apprendrez à éliminer ce que vous ne voulez pas dans votre vie en vous concentrant sur les choses que vous voulez. Vous apprendrez à exploiter la gratitude et les autres émotions positives pour attirer dans votre vie plus de choses qui vous rendent heureux. ». Poursuivre une quête matérialiste n’est évidemment pas un mal en soi, à partir du moment où l’on applique une règle fondamentale, malheureusement trop souvent oubliée : « Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse ! » . Malgré tout, on est très loin de la réalité au sujet de la loi d’attraction selon le point de vue des traditions spirituelles de l’humanité (voir l’article sur le développement personnel).

Cette notion est traitée différemment dans les milieux du développement personnel, qui ont bien compris, grâce à leur vision pragmatique, que la réalité matérielle ne se manipule pas aussi facilement. Par contre, la réalité subjective et individuelle d’un être humain peut très bien être façonnée en fonction d’un certain travail sur soi et d’une disposition d’esprit adéquate. Dans ce sens, on trouve beaucoup de méthodes sur internet pour maîtriser ses émotions, développer son écoute, améliorer sa capacité à saisir de nouvelles opportunités, changer sa vision du monde, augmenter son bien-être intérieur, etc. Tout le monde a déjà fait l’expérience de cette possibilité de maîtriser son monde intérieur, à un degré ou un autre. Par exemple, vous avez été sûrement impliqué dans des discussions houleuses au bureau ou en famille, où les égos s’affrontaient pour imposer leur vision aux autres ? Et vous avez dû certainement constater que le simple fait de mettre une distance entre soi et les événements, permettait de se calmer intérieurement et de clarifier sa vision ? On voit déjà dans cet exemple, certes trivial mais qui a le mérite de parler à tout le monde, à quel point nous sommes capables de modeler notre réalité intérieure. Cela ne changera peut-être pas le comportement de la personne furieuse en face de vous, mais intérieurement, vous serez libre de choisir l’état dans lequel vous voulez être : emporté par la colère ou dans le calme et la sérénité ? Signalons au passage pour être complet, que certains êtres sont quand même capables d’influencer directement l’état intérieur des personnes autour d’eux, par le seul fait de leur présence. Mais il s’agit ici d’un cas plutôt rare à notre époque, et cela mériterait un article ad hoc pour traiter convenablement ce sujet.

Maintenant, il y a une autre manière d’aborder la loi d’attraction, beaucoup plus profonde et féconde pour un être humain engagé sur une voie spirituelle. Pour cela, appuyons-nous sur la doctrine traditionnelle des états multiples de l’être (voir l’article sur le symbolisme de la montagne), qui affirme qu’un être intégral, un esprit ou une réalité spirituelle « particulière » si on peut s’exprimer ainsi, se manifeste simultanément dans une multitude d’états déterminés par un ensemble de conditions d’existence. Par exemple, l’être intégral pourra, s’il contient cette possibilité dans sa nature, se manifester dans l’état humain, sous la forme d’un composé psychophysique (corps et âme), limité par cinq conditions d’existence : la matière, l’espace, le temps, la forme et la vie. Dans cette vision de l’être humain, ce n’est plus l’égo (ou l’âme ou la conscience individuelle) qui attire les éléments de l’univers à lui (ou à elles), mais la nature même de l’être intégral, ce que l’Hindouisme nomme le « Soi » (voir l’article sur le développement personnel). On voit donc ici la différence fondamentale entre les doctrines des spiritualités traditionnelles et les théories néo-spirituelles. D’un côté, c’est la réalité immuable de l’être humain, son principe dans l’Être pur (ou Dieu si l’on préfère), qui agit, de l’autre c’est son égo, une réalité changeante et transitoire, et en définitive ce qu’il y a de plus contingent dans l’être humain.

Dans cette conception traditionnelle, notre individualité est le résultat de l’interaction entre deux principes, qui ne sont en réalité que deux aspects complémentaires de notre « Soi ». Un principe masculin qui représente notre nature singulière (ou essence particulière), et qui correspond à l’aspect intérieur et actif de notre « Soi », et un principe féminin, qui représente l’ensemble des influences du milieu (le côté substantiel) dans lequel nous évoluons et qui correspond à l’aspect extérieur et passif de notre « Soi ». C’est donc l’action du principe masculin sur le principe féminin qui produit notre individualité humaine. La reproduction sexuée n’est qu’un symbole, à son niveau de réalité, de cet accouplement cosmique primordial. Autrement dit, c’est notre nature originelle qui attire en quelque sorte à elle, certains éléments du milieu ambiant pour constituer progressivement notre individualité. C’est évident pour notre dimension corporelle, où l’assimilation régulière de nourriture permet de fabriquer notre corps physique. De la même manière, nous assimilons sans cesse, plus ou moins consciemment, des éléments subtils de notre environnement pour construire notre psyché. D’ailleurs, on se rend bien compte des influences du milieu (un lieu, des gens, etc.) sur notre façon de nous comporter, de penser et de voir le monde, etc. Dans son sens originel, la loi d’attraction appliquée à l’être humain signifie donc que c’est la réalité intime de notre nature qui attire certains éléments de l’univers à nous, indépendamment des velléités et des prétentions égotiques.

A ce titre, le symbolisme de l’aimant est très évocateur. Un aimant est un objet fabriqué dans un matériau magnétique dur qui possède la propriété d’attirer à lui les matériaux ferromagnétiques, comme la limaille de fer par exemple. Dans cette application spéciale, l’aspect masculin du « Soi », l’esprit d’un être, est figuré par l’aimant qui agit sur son environnement par le seul acte de sa présence. La limaille de fer quant à elle, représente l’aspect féminin du « Soi », la substance de l’être. Enfin, la figure formée par la limaille de fer selon les lignes de champs magnétiques produites par l’aimant, constitue l’individualité de l’être, considérée dans l’état humain par exemple.

Figure formée par la limaille de fer sous l’action d’un aimant.

Par ailleurs, il faut noter qu’un aimant n’attire que des matériaux ferromagnétiques. L’aimant n’aura aucune influence sur des copeaux de bois par exemple. En conséquence, cela signifie que le « Soi » n’attire à lui par sa présence, que des éléments en correspondance avec sa nature profonde, et non pas tout et n’importe quoi comme l’affirment le film et livre « Le Secret ». Ceci explique soit dit en passant pourquoi les techniques de visualisation et autre procédés à base de méthode Coué ne sont pas fiables quand il s’agit d’attirer les objets désirés par notre égo. D’ailleurs, comment un égo par définition changeant, superficiel et limité pourrait-il connaître ce qui est bon pour lui ? Le verset coranique 2:216 est explicite à ce sujet : « Il se peut que vous détestiez quelque chose alors que c’est un bien pour vous. Et il se peut que vous aimiez une chose alors qu’elle vous est néfaste. C’est Allah qui sait, alors que vous ne savez pas. ». C’est donc l’être qui détermine par sa nature propre les conditions dans lequel il se manifeste, et non pas l’égo. Appliqué à l’état humain, cela implique que la spécification de vos conditions d’existence sont déterminées par votre essence. Ce n’est pas par hasard que vous êtes né dans tel endroit et à telle époque. Dans ce sens, le dicton populaire « On ne choisit pas sa famille ! » est tout à fait vrai au point de vue de l’égo et de l’individualité. Par contre, il devient faux lorsqu’on se place au point de vue spirituel. Votre famille vous l’avez en quelque sorte « choisi » en tant qu’esprit particulier demeurant dans l’Esprit universel. D’ailleurs, c’est ce qui donne du sens aux concepts de « familles d’âmes » et « familles d’esprits ». Ainsi, tout dans votre environnement et le milieu dans lequel vous évoluez, que ce soit dans la matière ou dans le monde psychique, manifeste quelque chose de votre réalité intime, c’est-à-dire certaines possibilités de manifestation que vous portez en vous-même. Lorsque vous prenez conscience de cela, une porte s’ouvre alors sur le monde spirituel.

Le corolaire de ce qui vient d’être dit, est que les événements qui se produisent autour de vous, sont des moyens contingents de prendre conscience de vos possibilités, et plus encore de les actualiser. Dans ce sens, l’exemple du prophète Muhammad paraît explicite. Certains versets coraniques semblent indiquer que le Coran serait descendu sur le prophète en une seule fois, par exemple le verset 97:1 « Nous l’avons certes, fait descendre (le Coran) pendant la nuit d’al-qadr. », alors que sa vie d’homme nous montre que la révélation coranique a été progressive et s’est étalée sur un peu plus de vingt années (610-632). Il est intéressant de noter au passage que le mot arabe « al-qadr » peut-être rendu en français par le terme pouvoir, c’est-à-dire le fait d’avoir la possibilité de réaliser quelque chose. Il existe également tout un ensemble de récits, collectés, vérifiés et transmis par les théologiens musulmans, qui précisent dans quelles circonstances fut révélé tel ou tel verset. Ce sont les causes de la révélation (« asbâb al-nuzûl »), entendues comme des occasions qui ont permis la manifestation de tel ensemble de versets. Par exemple, la sourate coranique 80 nommée « ‘abasa », traduit par « il s’est renfrogné », aurait été révélée au prophète quelques jours après un incident. La tradition islamique rapporte que la question impromptue d’un aveugle aurait été repoussée par le prophète qui prêchait le message coranique à un groupe de notables mecquois. On voit donc ici comment une circonstance anodine de la vie du prophète, a pu servir de support à la manifestation d’une sourate.

Dans une perspective spirituelle, on pourrait donc interpréter ces faits de la manière suivante, sans bien évidement exclure les autres interprétations. La descente miraculeuse du Coran en une nuit représenterait l’ensemble des possibilités (« al-qadr ») qu’un être possède à l’état de puissance (figurée par la nuit). Pour que ces possibilités puissent se développer et passer à l’acte, au sens aristotélicien, des circonstances de la vie sont nécessaires, comme nous l’avons vu dans l’exemple du prophète. Mais il faut bien noter que ces circonstances ne sont que des causes secondes, car elles sont en définitive attirées par la nature même de l’être, qui en est la cause première. On retrouve donc ici une nouvelle formulation de la loi d’attraction dans son sens traditionnel. Concrètement, c’est lorsque des circonstances vous poussent en dehors de votre zone de confort et vous obligent à quitter certaines habitudes, que vous découvrez des possibilités insoupçonnées qui se réalisent là, sous vos propres yeux (voir l’article sur les croyances limitantes). Réfléchissez-y quelques minutes, vous trouverez certainement des exemples dans votre vie personnelle.

Source principale de l’article : René GUENON – L’être et le milieu In : La Grande Triade – Gallimard – 2016.

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