Léto donnant naissance à Artémis et Apollon.

Le mythe d’Apollon

Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les dieux.

Le mythe grec du dieu Apollon est riche d’enseignements dans la perspective d’une quête spirituelle. Bâtisseur du temple de Delphes, Apollon y inscrivit sur le fronton une sentence célèbre : « Connais-toi toi-même ». Voici quelques éléments de son histoire selon les textes les plus anciens. Lorsque la déesse Héra, épouse de Zeus, apprit que Léto attendait un enfant du maître de l’Olympe, sa colère éclata. Elle gagna les autres dieux à sa cause et ensemble ils réussirent à le ligoter. Mais Zeus se dégagea et enchaîna à son tour Héra. A la demande des autres dieux qui ne supportaient plus ses cris de douleur, Zeus consentit à la libérer en échange d’un serment de fidélité. Héra, tenue par son engagement, reporta toute sa colère sur Léto et son futur fils Apollon. Elle interdit aux hommes et aux dieux d’apporter leur aide à Léto, qui erra pendant sept mois sans trouver d’asile. Insatisfaite et folle de rage, Héra lança le serpent géant Python, surgit des profondeurs de la terre, à la poursuite de Léto. Mais la déesse de la nuit lui échappa puis gagna l’île désertique d’Astéria, sœur de Léto transformée en monticule rocheux après qu’elle se fût jetée dans la mer pour échapper aux avances de Zeus. Sur Astéria, Léto pourrait enfin accoucher en sécurité.

Cette première partie du mythe d’Apollon est manifestement porteuse d’une multitude de sens. Le personnage de Zeus y joue un rôle primordial. Au point de vue macrocosmique, il peut être envisagé comme un symbole de la conscience universelle qui embrasse toutes les choses et qui se manifeste dans chaque être humain sous l’aspect d’une conscience individuelle limitée. Un maître soufi contemporain dit en ce sens « […] que dans sa condition ordinaire l’homme se présente comme un être faible, égoïste et injuste ; il est habituellement esclave de ses désirs, de sa convoitise et de ses passions animales, ignorant le plus souvent sa réalité d’être qui fait de lui le réceptacle de la conscience universelle. ». Au point de vue microcosmique, Zeus représente la conscience humaine. Une petite parcelle de cette conscience cosmique créée à son image. C’est pourquoi, les maîtres nous invitent tous à réaliser un travail spirituel ayant pour but premier de développer harmonieusement cette petite étincelle pour qu’elle puisse rejoindre l’universel, domaine de l’existence qui n’est limité par aucune forme, et qui ne peut être cernée par le mental. La conscience universelle est une présence qui permet de voir les choses à l’extérieur et à l’intérieur de nous-même comme le ciel (la conscience) est la toile de fond sur laquelle des nuages de formes différentes (les choses) apparaissent, grandissent et disparaissent sans pour autant l’affecter. La conscience est le principe de la vie intime de chaque être humain, toutes les choses qui se présentent spontanément à notre intériorité (pensées, émotions, sensations, pulsions, etc.), apparaissent (naissent), évoluent (vivent) et retournent (meurent) dans la conscience qui en est la source unique. A un point de vue légèrement différent, la conscience peut être symbolisée par la fontaine d’immortalité, fontaine de vie ou de jouvence, qui se trouve au pied de l’arbre de vie au centre du jardin d’Éden dans le paradis terrestre.

D’une manière générale, les dieux et les déesses du panthéon grec peuvent être conçus comme autant de manifestations extérieures, des différentes puissances contenues dans le sein de Zeus. Ces puissances possèdent un double visage, d’un côté elles servent les desseins de Zeus auquel elles sont assujetties, de l’autre elles peuvent se retourner contre lui, le complot d’Héra en est un bon exemple. Dans ce sens, on peut citer Héphaïstos qui représente la force créatrice, ou encore Dionysos qui symbolise la puissance des instincts inférieurs. De la même manière, la conscience humaine contient des énergies créatrices qui sont à l’œuvre, le plus souvent à notre insu, et qui lorsqu’elles ne sont pas maîtrisées se retournent contre nous et deviennent nuisibles. C’est le cas d’Héra, sœur et épouse de Zeus, déesse protectrice des mariages et gardienne des couples, figure de la puissance de discernement. Héra a commis l’erreur de croire qu’elle existait par elle-même et qu’elle était distincte et indépendante de Zeus. Elle a morcelé la réalité et s’est crispée sur des parcelles de vérité, l’aventure amoureuse de Zeus, au détriment de l’essentiel, c’est-à-dire ce qu’Apollon pouvait apporter de nouveau dans l’économie divine, et s’est ainsi changée en juge partial, intransigeant et moralisateur. On retrouve encore aujourd’hui ce genre de dérive caricaturale dans l’islam saoudien et dans le protestantisme évangélique, où le cœur spirituel est souvent occulté au profit d’une morale sclérosante.

Apollon, comme dieu de la lumière, manifeste l’aspect solaire de son père, mais il est également le fils de Léto, déesse de la nuit, révélatrice des potentialités cachées de la conscience humaine. Artémis, sœur aînée et jumelle d’Apollon, hérita de la qualité lunaire de sa mère, lorsque Léto mis au monde ses deux enfants sur l’île désertique d’Astéria, au pied de l’unique palmier, après sept jours de souffrance. Cet épisode entre mystérieusement en résonance avec le Coran. Tout comme Léto, Marie a mis au monde Jésus dans des circonstances similaires, comme l’indique le verset coranique 19:23 : « Puis les douleurs de l’enfantement l’amenèrent au tronc du palmier, et elle dit : « Malheur à moi ! Que je fusse morte avant cet instant ! Et que je fusse totalement oubliée ! »». Au-delà des douleurs de l’enfantement, il y a dans ce passage un avertissement à peine voilé pour celui qui s’engage sur une voie spirituelle, avec en écho l’inscription sur la porte des Enfers de Dante : « Vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance ».

Tout juste sorti du ventre de sa mère, Apollon déclara : « Que l’on me donne une lyre et un arc, et je transmettrai aux hommes les desseins infaillibles de Zeus »; et on notera au passage que Jésus parla au berceau selon le verset coranique 19:30 : « Mais (le bébé) dit : « Je suis vraiment le serviteur de Dieu. Il m’a donné le livre et m’a désigné prophète » ». Bien que les formes de la mythologie grecque et de l’islam soient très différentes, il y a au fond l’idée que c’est dans la solitude la plus totale, comme Léto sur l’île déserte et Marie rejetée par les siens qui enfante au désert, qu’émerge ce qu’il y a de meilleur en nous ; et cet accouchement ne peut se faire qu’au sein de notre conscience la plus intime, symbolisé par le centre du paradis terrestre où se trouve l’arbre de Vie, lieu et moyen de contact avec le monde divin.

Apollon, messager de Zeus, patron des devins et des prophètes, se révèle comme l’intermédiaire privilégié entre la conscience pure et le mental, entre le divin et l’humain. En définitive, Apollon personnifie cette faculté supra-humaine qui nous relie au monde spirituel qui se trouve à l’intérieur de nous, tout comme le rayon du Soleil (Apollon) relie le Soleil (Zeus) à son image dans la flaque d’eau (l’être humain). Mais Apollon est également le protecteur des arts, et dans ce sens, il puise les connaissances du monde spirituel et dévoile aux hommes ce qui en est finalement exprimable et communicable dans le langage humain, à travers des oracles qui s’incarneront pour l’humanité dans les arts, le chant, la musique et la poésie.

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