Introduction à la spiritualité.

Introduction à la spiritualité

Ceux qui ont dépassé toutes les formes particulières et sont parvenus à l’universalité, et qui « savent » ainsi ce que les autres ne font que « croire » simplement, […] sont les seuls qui puissent se dire pleinement et effectivement « catholiques », au sens rigoureusement étymologique de ce mot […] .

René Guénon (1886-1951).

Aujourd’hui, le sens du terme « spiritualité » est devenu flou, chacun possède sa propre définition en fonction de ses expériences, de ses croyances et de sa culture. Pour les uns, la spiritualité est synonyme de religion, voire d’une seule religion à l’exclusion des autres pour les plus extrémistes. Pour d‘autres, c’est une philosophie de vie, une éthique ou une certaine morale censée amener du bien-être individuel et permettre aux hommes de vivre en société. Il y a également les approches modernes de type « new-age » qui prônent l’avènement d’une spiritualité libérée du joug et de l’autorité des traditions anciennes et où chacun puise ce qui lui convient. Et pourtant, la définition de la spiritualité est simple, bien que sa réalité soit effectivement complexe. La spiritualité, du latin « spiritus », concerne tout ce qui se rapporte au monde spirituel, domaine de l’esprit. Deux autres questions se posent alors. Qu’est-ce que le monde spirituel et quelle est la nature des rapports que nous entretenons avec celui-ci ?

Pour comprendre le monde spirituel tel qu’il est envisagé dans les traditions authentiques, il faut revenir sur la doctrine des trois mondes. Les anciennes traditions de l’humanité s’accordent toutes sur la composition ternaire de l’être humain, constitué d’un corps physique, d’une âme et d’un esprit. De la même manière, l’univers qui rassemble l’ensemble des créatures visibles et invisibles, est composé de trois mondes superposés : le monde des corps physiques ou matériels, le monde des formes psychiques ou subtiles et le monde proprement spirituel, qui s’étend également au-delà des frontières de l’univers créé, dans le domaine du non-manifesté (ou de l’incréé). Cette correspondance entre l’être humain et l’univers créé est ce que l’ésotérisme occidental décrit comme une analogie constitutive entre le microcosme et le macrocosme. On retrouve cette idée dans l’ésotérisme islamique sous la forme d’une sagesse célèbre : « L’homme est un petit univers, et l’univers est un grand homme ». Concrètement, cela signifie qu’il y a dans l’être humain un élément correspondant à chaque créature de l’univers. Notre corps contient par exemple tous les éléments constitutifs du monde physique comme de l’eau, des minéraux, des métaux, des molécules, des atomes, etc. De la même manière, il y a dans notre âme un certain nombre d’éléments en correspondance avec les entités qui peuplent le monde psychique (ou « monde astral ») et avec les créatures sensibles qui nous entourent. Qui n’a jamais parler à une personne avec la dureté du minéral ? Qui n’a jamais éprouver la sensation d’être ballottée de droite à gauche comme les herbes sont battues par le vent ? Et qui n’a jamais subit la force irrépressible des instincts et des pulsions animales ? Enfin, par notre esprit, c’est-à-dire notre dimension spirituelle, nous participons des états supérieurs de l’être, équivalents des mondes angéliques en langage théologique.

En général, nous n’avons aucun problème pour reconnaître ce qui résonne en nous avec les mondes corporel et psychique. Pour le corporel, c’est évident, notre corps est fait de la nourriture que nous mangeons. De la même façon, notre âme est imprégnée par l’ambiance psychique qui se manifeste dans l’environnement qui nous entoure. Se promener en forêt ou arpenter les quais du métro à Paris à l’heure de pointe, influence notre état d’âme d’une façon diamétralement opposée, et pourtant dans les deux cas, nous ne faisons que marcher. Par contre, identifier en nous les éléments d’ordre spirituel est quelque chose de plus difficile, pour la simple et bonne raison que le spirituel, l’esprit en nous, transcende notre individualité (corps et âme) et nos facultés humaines de perception.

Aujourd’hui, certains pensent être connectées à leur dimension spirituelle et vous conseillent sur la base de leur expérience personnelle jusqu’à vous vendre des consultations personnalisées ou des places pour des séminaires. Il suffit de saisir le mot-clé « spiritualité » sur un moteur de recherche internet pour s’en convaincre. Mais dans la majeure partie des cas, les capacités spirituelles de ces personnes se réduisent à des perceptions sensibles plus ou moins fines, infra-rationnelles et instinctives la plupart du temps. Même si quelques-uns possèdent des pouvoirs psychiques avérés, on reste toujours confiné dans le domaine humain alors que la spiritualité est par définition supra-humaine. Les anciennes traditions nous apprennent que le domaine spirituel, qui regroupe les états supérieurs de l’être, transcende « infiniment » l’état humain, dans le sens où le monde spirituel est régit par des lois et des conditions d’existence propres qui échappent à la raison humaine. C’est pour cette raison que les textes sacrés utilisent des symboles, des mythes et des paraboles pour transmettre les vérités spirituelles, parce que le langage rationnel et logique en est incapable par nature.

Pour faire un parallèle avec la psychologie moderne, on pourrait dire que l’état humain correspond à la conscience individuelle et ses facultés mentales, les états supérieurs de l’être à la surconscience douée d’intuition spirituelle et les états inférieurs à la subconscience faîte de perceptions sensibles. Pour la plupart d’entre nous, la conscience individuelle et ses capacités, ainsi que le subconscient sont des réalités évidentes. Nous en faisons l’expérience au quotidien. Par contre, qui est capable aujourd’hui d’établir un contact direct et réel avec la surconscience sans risquer de s’illusionner ? En définitive, le véritable problème de l’homme moderne, c’est qu’il est coupé de sa dimension spirituelle, il a perdu le lien avec la profondeur de son être et ignore cette part de lui-même, au point de nier son existence, ou de la réduire à des considérations purement humaines.

Mais alors comment se reconnecter à cette source spirituelle qui se trouve en chacun de nous ? La réponse apportée par les anciennes traditions est claire. Il s’agit de s’engager sur un chemin intérieur, dont le premier but est de rétablir l’être humain dans ses prérogatives d’homme primordial, dans l’état édenique où la communication directe avec le monde spirituel est possible. Bien évidemment, toutes les voies spirituelles sont toutes valables lorsqu’elles sont authentiques. Leur multiplicité est même nécessaire afin de s’adapter aux différentes mentalités humaines à travers l’espace et le temps. Dans ce sens, il y a une sagesse soufie qui affirme qu’« il y a autant de voies spirituelles que de fils d’Adam ».

Quelque soit le chemin choisi par l’être en quête de spiritualité, il s’agit toujours d’une initiation et d’une voie ésotérique. Le terme « ésotérique » provient du grec ancien « esoterikos » qui signifie « qui vient de l’intérieur ». L’ésotérisme est donc une connaissance intérieure acquise par l’expérience vécue, ce qui est donc différent d’une connaissance purement rationnelle ou livresque. Le terme « initiation » quant à lui provient du latin « initiare » qui signifie commencer, débuter quelque chose. L’initiation est donc ce qui permet à l’homme ordinaire d’emprunter une voie ésotérique, par le biais d’une influence spirituelle d’origine supra-humaine et transmise par un représentant autorisé de la tradition en question. Cette influence spirituelle est encore transmise de nos jours par une poignée de « starets » russes dans le Christianisme orthodoxe et par quelques moines sur le mont Athos. Un autre type d’influence spirituelle qui remonte au prophète Muhammad est toujours transmise par quelques maîtres soufis vivants. Cette initiation prend la forme d’un rite qui transmet l’influence spirituelle et confère à celui qui la reçoit la possibilité de se transformer, dans le but de se spiritualiser. Sans cette influence, nos possibilités de réalisation spirituelles restent à l’état potentiel. Chaque initiation doit normalement s’accompagner d’un enseignement ésotérique pour donner au nouvel initié des points de repère, un peu comme une carte routière, afin qu’il puisse comprendre véritablement les expériences intérieures qu’il sera amené à vivre. La spiritualité est donc une affaire sérieuse, elle engage l’être en entier et requiert un certain nombre de conditions permettant son développement harmonieux.

Mais pour en arriver là, il y a de nombreux obstacles à franchir. Il faut déjà être conscient de ce qu’est la spiritualité et de ce qu’elle n’est pas. Il faut ensuite posséder un minimum de connaissance de soi pour définir et trouver une voie qui nous convienne, qui soit vivante, animée par un guide dépositaire d’une influence spirituelle dispensant un enseignement ésotérique. Il faudra éviter de se perdre en cours de route en suivant les sirènes du développement personnel ou s’égarer dans les impasses des néo-spiritualités. On le voit bien avec ces quelques exemples, c’est un chemin long, difficile et exigeant alors que dans le monde occidental moderne, on est habitué à obtenir tout ce que l’on désire immédiatement et sans effort.

Aujourd’hui, qui est encore capable de s’engager sur une voie qui réclame un combat constant contre son égo, qui implique des souffrances psychiques, la solitude, des désillusions, qui nécessite de l’autonomie et demande d’exercer ses facultés humaines avec acuité, un chemin fait de hauts et de bas, où l’impression d’errer dans un labyrinthe est bien réelle, où l’on côtoie la folie et tout cela sans aucune garantie de réussite ? Il faut être fou ? Et pourtant, il y a tous les jours des personnes qui font ce pari, leur soif intérieure est encore plus insupportable. C’est sur cet appel du tréfonds de l’être aux milles et un visages qu’il faut s’appuyer pour franchir un à un tous les obstacles. Cela demandera du temps, de la patience, du courage, de l’humilité, de l’abnégation, etc. Mais le jeu en vaut vraiment la chandelle car au bout du chemin, il y a délivrance et la véritable liberté.

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