Réincarnation

A propos de la réincarnation

Ce que la bouche s’accoutume à dire, le cœur s’accoutume à le croire.

Charles Baudelaire (1821-1867).

La notion de réincarnation est présentée aujourd’hui comme la migration d’une âme ou d’une conscience individuelle, qui, au moment de la mort, passerait dans un autre corps physique. Appliquée à l’être humain, la réincarnation serait la possibilité pour une âme de revenir sur terre dans un nouveau corps, pas forcément humain d’ailleurs, après un temps plus ou moins long dépendant généralement des bonnes et mauvaises actions de la vie antérieure (notion de karma). On parle alors de vies successives permettant à l’homme de d’évoluer et de s’élever spirituellement. Cette conception purement moderne est née dans les milieux pseudo-spirituels (spiritisme, occultisme, etc.) de la vieille Europe de la fin du 19ème siècle et s’est rapidement diffusée dans le monde occidental au cours du 20ème siècle à travers les mouvements néo-spirituels émergeant du monde anglo-saxon. Aujourd’hui, la réincarnation est un classique de la culture populaire, interrogez votre entourage pour vous en convaincre ; et pourtant, la réincarnation est une construction avant tout humaine ayant une double origine : 1. l’égo et son cortège de défauts en tout genre (soif de pouvoir, argent, avidité, immoralité, etc.), 2. un défaut de compréhension et un manque évident de préparation de l’esprit moderne face à certaines doctrines orientales issues de l’Hindouisme et du Bouddhisme.

Au point de vue traditionnel, la réincarnation d’un individu au sens moderne du terme, ne semble pas exister. A défaut, elle n’est pas traitée explicitement dans les doctrines traditionnelles. Lorsqu’un être humain meurt, son corps se décompose et retourne à la terre. De même, certains éléments psychiques liés à la forme corporelle, comme des images mentales formées par des impressions sensibles et le contenu de la mémoire, se désagrègent également et n’ayant plus de raison d’être, peuvent alors passer dans d’autres êtres vivants (hommes ou animaux). Par ailleurs, il existe aussi une hérédité psychique, au même titre que l’hérédité physiologique, et dans ce cas, les parents peuvent transmettre à leur futur enfant un germe subtil contenant des éléments psychiques provenant de leur subconscience (tendances, prédispositions, traits de caractère, etc.). Dans les deux cas, il ne s’agit pas de réincarnation mais de métempsychose, doctrine très bien connue des anciens en Occident (Orphiques et Pythagoriciens) et des orientaux. La métempsychose, qui ne concerne pas l’être réel, c’est-à-dire l’esprit, mais des éléments secondaires de l’individualité humaine, suffit à expliquer les phénomènes de spiritisme où un médium croit s’entretenir avec un mort alors qu’il communique en réalité avec une entité subtile ayant assimilée tout ou partie des éléments psychiques et mémoriels du défunt. La métempsychose explique également les phénomènes de souvenirs de vies antérieures qui ne sont que des images mentales et des mémoires d’individus morts, il y a parfois bien longtemps, et qui ont été assimilés par le subconscient à l’insu de la personne qui pense avoir vécu à telle ou telle époque. De même, les « tulkus » dans le Bouddhisme tibétain sont en réalité des individus qui ont hérité d’éléments psychiques et mémoriels d’un maître décédé et dont la cohérence et l’ampleur sont tout à fait remarquables. Mais encore une fois, on parle abusivement dans ce cas de réincarnation pour décrire un phénomène de métempsychose que les bouddhistes connaissent parfaitement.

La transmigration est un autre concept traditionnel fondamental qui concerne cette fois-ci l’être réel, c’est-à-dire l’esprit, et non pas des éléments secondaires. La transmigration est un changement d’état d’existence. Dans ce cas, l’être réel abandonne tout ce qui faisait de lui un être humain et passe dans un autre plan d’existence soumis à des lois complètement différentes de celles qui régissaient alors son individualité humaine. Dans ce contexte, c’est le « Soi » de l’être réel, l’esprit, qui transmigre et non pas le « moi » qui est voué à se dissoudre avec les autres éléments psychiques humains. D’ailleurs le « moi » en a une certaine conscience et c’est ce qui explique sa peur immodérée mais non moins justifiée de la mort, ou plus exactement de sa propre mort. Les cycles des « morts et naissances » ainsi que la délivrance ne concernent en définitive que le « Soi », qui appartient seul au domaine universel.

En vertu de la loi de correspondance entre les différents ordres de réalité, il est possible en tant qu’être humain d’assentir plus précisément ce dont il s’agit ici. En effet, la transmigration est un principe spirituel et en tant que tel, il se manifeste dans la psyché humaine sous la forme d’états d’âme. Nous avons tous fait l’expérience de ces périodes plus ou moins longues de notre vie où un état d’âme particulièrement fort (dépression, euphorie, sérénité, etc.) naît, évolue et finit par mourir. Ces états d’âme sont des reflets limités du principe de transmigration. Dans le Christianisme, on emploie l’expression : « mourir à soi-même » pour caractériser ces phases de purification de l’âme.

Pour conclure, il faut envisager un cas où la notion de réincarnation possède a priori du sens. C’est celui où les divers aspects d’un principe spirituel s’incarnent dans des individualités humaines différentes à travers le temps et l’espace. Dans l’ésotérisme islamique, ce serait le cas de la « Réalité muhammadienne », autrement dit l’Esprit universel créé, qui s’est incarné successivement dans tous les prophètes de notre humanité, de Adam à Muhammad. On voit soit dit en passant pourquoi Muhammad a pu dire : « De tous les hommes, je suis le plus proche de Jésus, fils de Marie, aussi bien dans ce monde que dans l’autre. Les prophètes sont des frères aux mères différentes mais dont la religion est unique. » ou encore « J’étais prophète alors qu’Adam était entre l’âme et le corps ». Jésus semble également posséder cette connaissance spirituelle lorsqu’il dit : « Jésus leur dit : en vérité, en vérité je vous dis, avant qu’Abraham fût, je suis ». Dans cet exemple, nous avons donc affaire à un principe spirituel unique dont les différents aspects se sont incarnés dans diverses individualités humaines, et non pas une individualité unique qui s’est prétendument réincarnée dans plusieurs corps différents.

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